Qui sont-ils ? Qui sont les hommes de cette organisation, l’AQMI, al Qaëda au Maghreb islamique, dont tout laisse penser qu’elle est derrière l’assassinat des deux jeunes Français enlevés ce week-end au Niger ? Apparue en janvier 2007, l’AQMI est l’une des dernières planètes de la galaxie islamiste mais elle est directement issue d’un mouvement plus ancien, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat. Ce Groupe fut lui-même le dernier avatar des maquis islamistes qui avaient ensanglanté l’Algérie des années 90 avant d’être démantelés et pratiquement anéantis par l’armée. L’AQMI est, autrement dit, le fruit de la défaite des islamistes algériens, contraints par la répression de se replier dans les trois pays qui bordent la frontière sud de leur pays, la Mauritanie, le Mali et le Niger, trois Etats qui, eux, n’ont guère les moyens militaires de les traquer et les combattre. L’AQMI, c’est quelques centaines de desperados qui ont perdu la bataille algérienne mais auxquels l’immensité de leur nouveau territoire, le Sahel, leurs coups de main et les rançons contre lesquels ils monnayent leurs otages donnent les moyens d’exister et de nuire. Ils ont enlevé, en septembre dernier, sept personnes dont cinq Français qu’ils détiennent toujours après avoir assassiné, en juillet, une autre Français, Michel Germaneau. Tout ce qui est occidental est leur ennemi. Tout ce qui est Français l’est encore plus parce qu’ils considèrent que, sans le soutien de la France, l’Algérie n’aurait pas eu raison d’eux. Les deux nouveaux meurtres de ce week-end montrent à quel point cette organisation doit être prise au sérieux et combattue mais, si grande qu’elle soit, cette menace n’est pas le signe d’un rebond du terrorisme islamiste. Al Qaëda, l’organisation qui avait atteint un statut international grâce aux attentats du 11 septembre et dont l’AQMI se réclame dans le nom qu’elle s’est donnée n’est aujourd’hui plus qu’une marque. Ce n’est plus un mouvement structuré capable de frapper à partir d’un centre comme il l’avait fait contre les tours jumelles de Wall Street. Cette époque est révolue depuis que les Etats-Unis ont privé Oussama ben Laden de la base que l’Afghanistan avait été pour lui. Al Qaëda s’était ensuite replié sur l’Irak où elle avait retrouvé une vraie force. L’Irak a failli devenir son nouvel Afghanistan à la faveur du chaos qui avait suivi le renversement de Saddam Hussein mais en réintégrant les sunnites à la vie politique irakienne les Américains l’y ont privé de tout soutien populaire et al Qaëda ne fait désormais plus que revendiquer et glorifier des attentats commis sous sa bannière mais qui s’organisent sans elle, comme ceux de l’AQMI. Le terrorisme islamiste n’est pas éliminé. Il frappera encore longtemps mais les deux seuls pays où il représente toujours une menace stratégique globale sont l’Afghanistan où les taliban reprennent la main et, surtout, le Pakistan limitrophe où les organisations islamistes restent puissantes et structurées grâce au soutien de l'Isi, les services secrets pakistanais. Dans cette Asie du sud-ouest, l’islamisme est devenu l’instrument, pas toujours contrôlé, d’un pouvoir d’Etat qui veut, à travers lui, garder pied en Afghanistan, territoire qu’il considère comme une arrière-cour, indispensable à son rapport de force avec l’Inde.

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