Il y a des eurosceptiqus, des eurodéçus, des eurocritiques évidemment, mais Mme Le Pen n’est pas de ceux-là. Elle est, elle, totalement europhobe et si l’on avait encore pu en douter, ses déclarations d’hier, à Paris, sont à cet égard sans ambiguïté. « Comment améliorer l’Union européenne ? », s’est-elle demandé devant la presse anglo-saxonne. Réponse : « D’abord, en l’effondrant ». « Je pense qu’elle est irréformable en l’état, a-t-elle dit. Je n’attends qu’une chose du système européen, c’et qu’il explose. Il faut attendre que tout cela se casse la figure, y contribuer si possible, pour faire émerger le projet d’une Europe de nations libres qui était en fait celle qu’avait en tête le général De Gaulle », a-t-elle poursuivi avant d’ajouter : « Le rôle que nous allons avoir à jouer, nous les élus patriotes du Parlement européen, va surtout être de bloquer toute nouvelle avancée, toute avancée supplémentaire de cette union fédérale européenne ». C’est une position. Ce n’était pas du tout celle de De Gaulle mais c'est une position légitime qu'il est donc tout aussi légitime de discuter. Premier point, on peut tout dire de l’Union européenne mais qu’elle serait irréformable, non. Elle n’a, au contraire, pas cessé d’évoluer depuis le traité de Rome, son traité fondateur, pas dans le bon sens peut-être mais de considérablement évoluer puisque entre la Communauté économique et l’Europe de 2014, il y a tout simplement un monde.Si l’on veut faire bouger les choses en Europe, on le peut puisqu’elles ont constamment bougé. Il suffit pour cela de voter pour les candidats aux élections nationales et européennes qui proposent de faire évoluer les institutions et les politiques européennes dans la direction que l’on souhaite, de changer les majorités qui gouvernent aujourd’hui l’Union et ses Etats et non pas de « tout bloquer » - ce qui n’a jamais rien arrangé en aucune circonstance.Deuxième point, peut-on vraiment dire qu’il faudrait contribuer à ce que l’Union européenne se casse la figure parce que ses politiques sont mauvaises et ses institutions obsolètes ? En France aussi, les politiques menées depuis longtemps sont au moins discutables. En France comme dans tous les pays de l’Union et du monde, il est difficile et bien trop long de réunir les majorités et trouver les hommes à mêmes de conduire les changements nécessaires mais faudrait-il vouloir, pour autant, que la France, l’Italie ou l’Allemagne se cassent la figure et reviennent sur leurs unités nationales qui furent, par parenthèses, non pas données mais le fruit, toutes, d’une volonté politique et de longues batailles autrement plus ardues que celles de l’unité européenne d’aujourd’hui ? Non, évidemment, la réponse est dans la question et, troisième point, l’Europe que souhaite Mme Le Pen, celle des nations, est précisément celle que nous avons. Ce sont les dirigeants nationaux qui y décident de tout à l’issue de longs et obscurs marchandages et c’est cette Europe-là qui ne fonctionne pas car les décisions européennes n’y sont pas prises par des dirigeants élus sur un programme européen et responsables devant l’électorat européen. Il faut changer beaucoup de chose en Europe mais ni par le nihilisme ni en prenant la direction souhaitée par Mme Le Pen qui est celle du statu quo.

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