Le pays du grand embarras

Il n’est jamais recommandé d’abattre ses cartes trop tôt, mais tout de même… Six mois, cette semaine, après avoir pris les commandes de la Grande-Bretagne sur la lancée du Brexit, Theresa May n’a toujours rien dit de ses priorités, espoirs et lignes rouges dans les négociations de sortie de l’Union qui s’ouvriront avant la fin mars.

On sait que son parti est divisé entre partisans d’une vraie et d’une fausse sortie, entre ceux qui voudraient maintenir des liens avec l’Union sous forme d’un accord d’association et ceux qui prônent, à l’inverse, de prendre le grand large pour commercer avec le reste du monde dans le cadre d’accords bilatéraux.

Tout l’enjeu de ce débat est le Marché commun européen, l’accès libre aux marchés de vingt-huit pays du continent que les industriels britanniques considèrent comme essentiel à la bonne santé de leurs entreprises et à la préservation des intérêts de la City, de la place financière de Londres qui est l’un des grands atouts de la Grande-Bretagne.

Matin, midi et soir, ils crient donc casse-cou contre l’hypothèse d’un « Brexit dur » que défendent, au contraire, plusieurs poids lourds du gouvernement en arguant du fait, bien réel, qu’en restant dans le Marché commun, la Grande-Bretagne devrait, premièrement, accepter que des citoyens de l’Union puissent continuer à librement s’installer sur son sol et, deuxièmement, se soumettre à des réglementations européennes à la définition desquelles elle ne pourrait plus prendre part.

Virulent, public et fondamental pour l’avenir du Royaume-Uni, le débat fait rage mais qu’en pense la Première ministre ?

On l’ignore. On l’ignore si bien que le Représentant permanent de la Grande-Bretagne à Bruxelles a démissionné la semaine dernière pour alerter sur l’état d’impréparation de son pays aux futures négociations avec l’Union. On l’ignore tellement que les deux camps en présence rivalisent désormais de défiance vis-à-vis de Mme May que l’hebdomadaire The Economist vient de rebaptiser, « Theresa Maybe », Theresa peut-être.

Habileté ?... Indécision ?... Personne ne sait expliquer son silencemais le problème de Theresa May est qu’elle est dans une situation impossible et la Grande-Bretagne avec elle. D’un côté, les Britanniques qui ont voté « oui » au Brexit l’ont fait pour fermer les frontières aux immigrants européens. Le Royaume-Uni, de l’autre, aurait beaucoup trop à perdre en perdant l’accès au Marché commun.

D’un coté, les Ecossais menacent de déclarer leur indépendance en cas de Brexit dur. De l’autre, il faut bien qu’il y ait Brexit puisqu’il y a eu référendum mais les pays européens ne veulent pas d’un maintien de la Grande-Bretagne sans maintien de la libre circulation car ce serait ouvrir la porte à la transformation de l’Union en une simple zone de libre-échange.

Mme May ne sait pas que dire car les Britanniques se sont fait tromper par des menteurs qui leur promettaient le beurre et l’argent du beurre en leur cachant soigneusement les vrais enjeux de ce divorce.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.