Réélu en mai dernier, Nicolás Maduro entame jeudi son second mandat contesté à la tête d'un pays confronté à l’hyperinflation, la fuite de ses citoyens, et l’isolement international.

La photo officielle de la Présidence du Venezuela à l’occasion des vœux de Nicolás Maduro pour 2019, devant l’inévitable portrait de Simon Bolivar, le « libérateur » du Venezuela au XIX° siècle.
La photo officielle de la Présidence du Venezuela à l’occasion des vœux de Nicolás Maduro pour 2019, devant l’inévitable portrait de Simon Bolivar, le « libérateur » du Venezuela au XIX° siècle. © AFP / Francisco BATISTA / Venezuelan Presidency / AFP

Nicolás Maduro a été réélu à la tête du Venezuela pour un second mandat en mai dernier. Le successeur d’Hugo Chavez avait officiellement reçu 67% des voix, dans un scrutin auquel moins d’un électeur sur deux avait pris part. Mais les Vénézuéliens votent chaque jour - avec leurs pieds.

Le pays a perdu 10% de sa population au cours des quatre dernières années, plus de trois millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays pour ses voisins, la Colombie ou le Brésil, ou encore l’Espagne pour ceux qui peuvent en obtenir le passeport. A titre de comparaison, les Vénézuéliens exilés sont plus nombreux que les réfugiés du Moyen-Orient arrivés en Europe ces dernières années…

Pour ceux qui restent, la vie quotidienne est un enfer, avec une hyperinflation estimée au chiffre absurde de 1,3 million % en ce début d’année, et qui pourrait atteindre, selon les prévisions du FMI, quelque 10 millions % cette année. 

Résultat : la faim, une mortalité infantile en forte hausse, des pénuries de médicaments, la misère dans un pays qui fut, rappelons-le, très riche, mais très inégalitaire, pendant des décennies.

A la tête du Venezuela depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013, Nicolás Maduro n’a plus à sa disposition la rente pétrolière qui avait permis à son prédécesseur de mener une politique sociale généreuse, mais sans réellement préparer l’avenir. Avec la chute des cours et la production pétrolière qui ne cesse de baisser, le pays ne peut plus rembourser sa dette.

Le Parlement contrôlé par l’opposition a déclaré le second mandat de Maduro « illégitime », mais le Président a vidé le parlement de ses prérogatives, et, tout en maintenant l’apparence d’un fonctionnement institutionnel, a mis fin à la séparation des pouvoirs. Il a également emprisonné des opposants, et s’attaque aux médias. Le Venezuela est tombé à la 143ème place dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.

Sa légitimité est contestée par douze pays d’Amérique latine qui ont signé une déclaration commune refusant de reconnaître ce nouveau mandat. 

Autrefois candidat au titre de nouveau Cuba, phare de la révolution, le Venezuela est aujourd’hui isolé : en d’Amérique latine, seul le nouveau Président du Mexique, Andres Manuel Lopez Obrador, a refusé de s’associer à la déclaration anti-Maduro.

La Chine, qui a prêté beaucoup d’argent au Venezuela et se fait rembourser en pétrole, continue toutefois de l’aider. Maduro était à Pékin en septembre, vantant les louanges de Mao avant de repartir avec 5 milliards de dollars de crédits. 

Mais les partisans d’Hugo Chavez à travers le monde se sont progressivement éloignés de Maduro. Même Jean-Luc Mélenchon, dont on se souvient qu’il voulait faire adhérer la France à une Alliance bolivarienne inspirée par Chavez s’il avait été élu en 2017, se fait plus rare sur le sujet.

Il faut dire que si l’hostilité de Washington à la révolution bolivarienne reste intacte, personne ne croit l’« impérialisme » américain si génial qu’il a pu détruire ce pays de l’intérieur comme l’a fait Maduro. Nul ne sait comment le cauchemar des Vénézuéliens prendra fin ; en attendant, leur priorité est la survie.

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