Le scepticisme l’emporte. Au-delà des applaudissements des Etats-Unis et de l’enthousiasme de l’Europe, la création de l’Union africaine, un décalque africain de l’Union européenne, n’emporte pas la conviction de la presse internationale. Normal. Misérable, souvent affamée, décimée par le Sida, ravagée par les guerres, les dictatures et la corruption, l’Afrique rime avec désespoir. On n’ose pas dire, qu’elle serait condamnée à tomber toujours plus bas, qu’elle n’aurait pas les moyens de s’en sortir, mais on le pense, si fort que cela s’entend partout. Alors, bien sûr, quand les chefs d’Etat de ce continent noir, noir comme la nuit, se réunissent - c’était hier à Durban, en Afrique du Sud - pour doter leurs pays d’institutions communes et proclamer, à grands renforts de flonflons, une « nouvelle ère », un « continent de démocratie », le monde sourit, courtoisement, mais n’en croit pas un mot. Le monde a tort. Ce n’est évidemment pas que cette Union africaine va d’un coup, transformer les dictateurs en démocrates, éradiquer la corruption, nourrir ceux qui ont faim, raser gratis en mot. Non, ce n’est malheureusement pas ce qui se passera mais les mots comptent en politique et les institutions, si elles ne changent pas la réalité, petit à petit la façonnent. Bientôt, cette Union mettra en place une Commission, chargée de proposer des politiques et des lois communes au continent, une Conférence, réunissant les Présidents africains, un Conseil exécutif où se retrouveront les ministres – bref, l’Union coordonnera les gouvernements de l’Afrique. Il suffit de regarder les cinq décennies de construction européenne pour savoir, à l’avance, que ce sera dur, chaotique, souvent vain mais, expérience européenne aidant, l’Union africaine jette déjà les bases d’un Parlement panafricain, d’une Cour de Justice, d’une Banque centrale, d’un Conseil de Paix et de Sécurité et d’une force armée commune pour endiguer, tenter de le faire, les conflits militaires. Encore faudra-t-il savoir, et vouloir, utiliser ces instruments mais au moins existent-ils. Au moins l’Afrique a-t-elle vu le besoin de les forger, de se prendre en main, de fixer des standards politiques communs vers lesquels tendre. C’est une rupture. Une nouvelle page, oui, s’ouvre là, blanche mais ouverte car des choses ont bougé en Afrique. Dans quelques pays, petite minorité mais tout de même, des élections ont remplace des présidents sortants qui se sont incliné devant le suffrage populaire. Menés par le Sénégal, des Etats se sont unis dans un Nouveau partenariat pour le développement africain, tentative d'attirer les investissements en leur donnant des garanties de transparence et de démocratie. Ce ne sont que des petits signes mais ils se multiplient car il serait temps de voir que l’Afrique est un continent comme les autres, qui veut s’en sortir, qui pourra s’en sortir malgré l’esclavage, la colonisation, les frontières et le régimes laissés par la décolonisation, malgré des siècles d’une injustice sauvage qui exigent autre chose, aujourd’hui, que ce scepticisme dédaigneux.

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