En Europe, en Amérique latine, en Russie, en Asie, l’Amérique a des intérêts économiques et politiques à défendre, des enjeux immédiats. Ce n’est pas le cas en Afrique. Non pas que l’Afrique ne compte pas. Misérable aujourd’hui, l’Afrique est potentiellement riche. Certains de ses Etats ont du pétrole, beaucoup de pétrole, mais pour un Président des Etats-Unis, pour un Georges Bush confronté aux problèmes de l’Irak, du Proche-Orient, du terrorisme, de la dissidence franco-allemande et du reste, l’Afrique est tout, sauf prioritaire. Le président américain n’y est pourtant pas en touriste. Pour un homme qui entend démontrer que l’Amérique est le pays indispensable, qu’elle doit, et peut, prendre sur elle l’avenir du monde, qu’elle le peut mieux que tout autre et les Nations-Unies en particulier, il n’était en effet pas possible d’ignorer plus longtemps ce continent de tous les malheurs, faim, sida, guerres et corruption. On ne peut pas se prétendre roi du monde, souverain d’une « puissance bienveillante », sans se pencher sur les damnés de la terre. En Afrique, Georges Bush affirme sa conception de l’organisation du monde, son rôle mondial, mais il n’y fait pas que cela. Il veut, d’abord, y démonter que, malgré les positions des Etats-Unis sur l’environnement, les Nations-Unies, la Cour pénale internationale, que malgré leur unilatéralisme, les Etats-Unis bénéficient toujours de soutiens, y compris chez les plus pauvres des pauvres. Pour ce qui est de l’Afrique du Sud, c’est raté. Nelson Mandela, l’homme auxquels tous les hommes d’Etat reçus dans le pays vont rendre visite et payer tribut, n’avait pas de temps à consacrer à Georges Bush et n’a guère pris de gants pour lui fermer sa porte. La presse sud-africaine est quant à elle déchaînée contre les Etats-Unis et leur Président. La population est à l’unisson mais bon… On fait comme si. Georges Bush est en Afrique, très bien reçu à Dakar, protocolairement à Pretoria mais il y est. Qu’importe qu’ils ne m’aiment pas pourvu qu’ils me reçoivent car l’Afrique, après tout, c’est une cinquantaine d’Etats, autant de voix à l’Onu et dans les organisations internationales, un continent, donc, à ne pas négliger car toutes les voix comptent, la crise irakienne l’a montré. Et puis, troisième raison, de cette tourné, Hélène Cardin vient d’y faire allusion, l’Afrique compte tant d’Etats morts nés, de structures étatiques sans appareil d’Etat, gérées comme des affaires privées par des potentats en mal d’argent, que tous les trafics y fleurissent, que toutes les protections s’y achètent et que le crime organisé comme le terrorisme y ont trouvé des refuges. Pour les Etats-Unis, pas seulement pour eux d’ailleurs, l’Afrique pose un problème de sécurité et avant d’y mettre bon ordre, il n’était pas inutile d’y avoir fait montre de sollicitude, de s’être intéressé aux problèmes africains, à ce drame dont le monde se moque, aux seules exceptions des Scandinaves et de la France. Cette tournée ne peut pas faire de mal, mais reste à voir si elle fera le moindre bien. « The jury is out », comme disent les Américains. Le jury délibère.

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