La prise de Mossoul est une victoire en demi-teinte et avant tout le point de départ de beaucoup d'ennuis à venir...

La prise de Mossoul est une victoire en demi-teinte et avant tout le point de départ de beaucoup d'ennuis à venir...
La prise de Mossoul est une victoire en demi-teinte et avant tout le point de départ de beaucoup d'ennuis à venir... © AFP / AHMAD GHARABLI

Que dit-on depuis quelques semaines ? Que la reprise de Mossoul, la 2ème ville d'Irak, ne suffira pas à en finir avec l'Etat islamique. Que sitôt la ville sécurisée, les djihadistes se fonderont dans la population pour mieux préparer d'autres soulèvements.

C'est exact et en même temps, ce n'est pas forcément le plus inquiétant. Commençons d'abord par la ville elle-même et ses habitants. Après des mois de bataille rue par rue, au mortier ou au char, des mois de bombardements, la ville est largement détruite.

Sur les 54 quartiers de Mossoul Ouest – où étaient retranchés l'essentiel des combattants de l'Etat islamique – 15 ont été détruits. C'est-à-dire 32 000 maisons et immeubles. 23 autres sont modérément affectés. Il faudra entre 700M et 1Mds$ pour reconstruire.

En clair, les premiers ennuis viendront de la reconstruction : qui va payer ? L'Etat irakien qui se méfie de cette région dominée par les sunnites ? Les Occidentaux qui déjà regardent ailleurs ? Personne en fait et les ennuis commencent là et pour les habitants.

Il n'y a pas que les ennuis liés à la reconstruction, il y a aussi la question de la gouvernance de cette province...

Tout a fait. Une des raisons pour lesquelles le gouvernement de Bagdad n'est pas pressé de reconstruire Mossoul est que ça l'arrange au fond que Mossoul soit affaibli encore quelques mois, voire quelques années. Je m'explique.

Le gouvernement chiite de Bagdad est allié aux Iraniens qui veulent coûte que coûte maintenir un corridor allant de Téhéran au Liban en passant justement par Mossoul. Une sorte d'autoroute par laquelle passent les armes et les hommes à destination de la Syrie.

Donc aussi longtemps que les Sunnites de Mossoul et de sa région ne relèveront pas la tête, les Iraniens seront tranquilles. Ensuite, il y a l'humiliation. Le gouvernement de Bagdad a tout de même été humilié par la prise en 2014 de Mossoul par l'Etat islamique.

L'idée de faire payer aux sunnites mossouliotes cette humiliation explique le peu d'empressement de Bagdad à délivrer la ville et l'absence totale de plan de reconstruction ou de gouvernance : Bagdad veut qu'on la supplie à genoux...

Il y a aussi les Kurdes qui veulent organiser un référendum sur leur indépendance...

C'est même le principal ennui à venir ! D'abord, il faut comprendre que les Kurdes ont toujours considéré Mossoul comme une des villes du Kurdistan irakien. Et c'est vrai qu'historiquement, la population de la ville était kurde et chrétienne.

La ville a été artificiellement arabisée, disent-ils, notamment sous le régime de Sadam Hussein. Eux ne la revendiquent pas directement – encore que – mais ont par contre d'ores et déjà mis la main sur 70% des terres du nord de l'Irak qu'ils revendiquaient.

Et Massoud Barzani, leur leader, a décidé d'organiser le 25 septembre prochain, un référendum pour l'indépendance du Kurdistan irakien. Il n'aura peut être pas lieu, ou pas à cette date... Mais la menace suffit à mettre au second plan le sort des Mossouliotes.

En clair, jusqu'à la prise de Mossoul, tout le monde en Irak n'avait qu'un objectif : vaincre l'Etat islamique. Kurdes, Chrétiens, Chiites et même certaines tribus sunnites avaient trouvé là une bonne raison de s'unir.

Daech vaincu, l'Irak revient immanquablement à sa désunion habituelle et offre aux djihadistes une bonne raison de préparer au sein de la population sunnite le prochain soulèvement, la prochaine explosion de violence.

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