Theresa May peut-elle survivre aux multiples démissions de son gouvernement ?

Theresa May avec son ministre du Brexit David Davis (à gauche) et son ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, en 2016. Les deux "Brexiters" ont démissionné.
Theresa May avec son ministre du Brexit David Davis (à gauche) et son ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, en 2016. Les deux "Brexiters" ont démissionné. © AFP / PETER NICHOLLS

Vue de l'extérieur, la politique britannique ressemble à un jeu de massacre : depuis les élections générales de juin 2017, il y a un an presque jour pour jour, pas moins de six ministres de Theresa May ont démissionné. Et pourtant elle tient encore !

La question est donc : cette fois, avec la démission en 24 heures du ministre du Brexit, David Davis, et du ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, les petits crimes entre amis si typiques des conservateurs britanniques auront-ils eu raison de madame May ?

Pour répondre, il faut regarder trois choses : les criminels, leur alibi et le bénéfice qu'ils pourraient tirer de leurs crimes. Les criminels d'abord : David Davis est un "Brexiter" de premier ordre, un hâbleur, un bretteur, un pur politique qui déteste rien tant que les détails.

Cela s'est vu dans les négociations qu'il était sensé conduire pour la Grande-Bretagne avec l'Union européenne. Il arrivait à peine préparé, sans idée et sans même avoir vraiment pris la peine de connaître ses interlocuteurs. L'Europe était le cadet de ses soucis.

Et Boris Johnson ? Un poids lourd tout de même !

Rien que la semaine dernière, Boris Johnson a raté une réunion Cobra de sécurité nationale et une rencontre importante avec les représentants des pays des Balkans occidentaux, les anciennes républiques de Yougoslavie.

C'est-à-dire qu'il a manqué à la fois à ses devoirs nationaux et internationaux. Champion du monde ! Le travail est donc aussi le cadet des soucis de Boris Johnson. Vous imaginez bien que ces piteux ministres font aussi de piteux criminels. 

Maintenant passons à l'alibi

Ils expliquent tous qu'ils démissionnent parce que le "compromis de Chequers", que la Grande-Bretagne s'apprête à présenter à l'Union européenne, serait une trahison. Que contient-il de si extraordinaire ce fameux compromis de Chequers ?

Du cynisme ou du pragmatisme à l'état pur, comme on veut ! L'idée part d'une analyse froide de l'économie britannique : peu d'industrie, peu d'agriculture, beaucoup de services, et de finances.

Donc on abandonne l'industrie et l'agriculture à l'Union, l'accessoire, pour préserver l'essentiel, la City. C'est un compromis qui devrait plaire à Bruxelles où personne ne veut au fond se priver de la place londonienne, essentielle à l'économie européenne.

Si ce compromis est raisonnable, pourquoi toutes ces démissions ?

Il est raisonnable pour des politiques raisonnables. Pas pour des politiques qui cherchent à marquer leur territoire, prendre date et, au bout du compte, renverser Theresa May. C'est exactement ce qu'ont fait Boris Johnson et David Davis hier : prendre date.

Veulent-ils renverser tout de suite Theresa May ? Je ne crois pas : il reste des mois de négociations avec l'Europe et aucun des deux putschistes n'a envie de se les coltiner. Je vous l'ai dit, ce sont des velléitaires, tout entiers tournés vers le pouvoir, pas le travail.

Ils vont bien sûr tenter leur chance et essayer de réunir les 48 députés conservateurs nécessaires pour déclencher une motion de censure et éventuellement destituer Theresa May. D'autant que, même s'ils n'y parviennent pas, ils ont tout à y gagner.

Ces deux "Iznogood" de la politique diront qu'ils ont défendu leurs convictions jusqu'au bout et, même en cas d'échec, leur pouvoir de nuisance à l'extérieur du gouvernement restera intact. En clair, ils tentent leur chance pour aujourd'hui et pour demain.

Theresa May, elle, fait le pari inverse : que leur mépris pour les besogneux, un mépris un rien classiciste d'ailleurs, les perdra ; que leur pusillanimité les ridiculisera et qu'à la fin, comme dans Shakespeare, ils n'auront été que "beaucoup de bruit pour rien".

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