Un émissaire français est arrivé hier à Téhéran pour tenter une médiation avec l’Iran qui a repris l’enrichissement de son uranium au-delà des termes de l’Accord international de 2015. Un mince espoir d’éviter le choc Iran-États-Unis.

La nouvelle crise nucléaire à la une des journaux iraniens, qu s'étalent dans les rues de Téhéran, hier.
La nouvelle crise nucléaire à la une des journaux iraniens, qu s'étalent dans les rues de Téhéran, hier. © AFP / str / afp

Dans la crise entre l’Iran et les États-Unis, les diplomates ressemblent à des pompiers qui tentent d’éteindre un incendie majeur avec de simples seaux d’eau. Tout ce dont ils disposent, c’est de beaucoup de bonne volonté. Ça peut marcher, mais c’est rare…

Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, est arrivé hier à Téhéran dans un climat explosif. L’Agence des Nations Unies pour l’énergie atomique, l’AIEA, a confirmé que l’Iran avait commencé à enrichir de l’uranium au-delà des limites imposées par l’accord international sur le nucléaire signé en 2015. Ça ne signifie pas que l’Iran peut développer du jour au lendemain l’arme nucléaire, mais c’est la première étape sur cette longue route à laquelle il avait renoncé il y a quatre ans.

Les États-Unis ont immédiatement condamné cette action iranienne, une marche de plus dans l’escalade à laquelle se livrent les deux pays depuis des semaines, et qui a commencé en réalité quand Donald Trump a quitté l’accord nucléaire l’an dernier.

Téhéran a agi délibérément et en le faisant savoir. La démarche est en fait beaucoup plus politique que militaire. Le but est de provoquer une crise internationale plutôt que de subir en silence l’étranglement de son économie par les sanctions américaines. Les États-Unis interdisent à l’Iran de commercialiser son pétrole.

Déclencher une crise en violant - modestement pour l’instant - le traité de 2015 est une tentative de forcer la main aux autres garants de l’Accord : les Européens, la Russie et la Chine, restés jusqu’ici dans une posture de condamnation prudente de la politique américaine.

Les Européens sont en première ligne. Alliés des États-Unis, ils ont choisi de rester dans l’Accord quand Donald Trump s’en est retiré, et ils tentent d’offrir une bouée de sauvetage économique à l’Iran. Le mécanisme européen de troc Instex va entrer en vigueur, mais sa portée sera limitée : il soulagera mais ne sauvera pas l’Iran.

La France a l’avantage de parler aux deux parties. Depuis samedi, Emmanuel Macron a eu au téléphone aussi bien le président iranien Hassan Rohani que Donald Trump. Si nécessaire, il pourrait même se rendre personnellement à Téhéran.

Dans un premier temps, l’objectif du diplomate français est limité : il est d’obtenir une désescalade, dans une situation d’une grande volatilité. Mais Téhéran ne reculera pas sans un allègement des sanctions pétrolières, et il n’est pas sûr qu’Emmanuel Macron puisse en convaincre Donald Trump, pas plus qu’il n’était parvenu à le garder dans l’accord nucléaire lors de sa visite à Washington l’an dernier.

L’un des problèmes tient au fait qu’il y a des faucons des deux côtés. À Washington, John Bolton, le Conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche, veut la chute du régime iranien, tout comme les Gardiens de la révolution à Téhéran n’ont jamais aimé signer avec le Grand Satan américain.

C’est l’honneur de la France de tout faire pour empêcher une crise majeure et dévastatrice dans cette partie du Moyen Orient ; la diplomatie consiste à renouer des fils là où ils ont été rompus, mais pas sûr que ça suffise à éteindre le feu qui couve. 

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