Alors que Pékin critique vertement l’Australie ou le Royaume Uni pour leur réaction à la loi sécuritaire imposée à Hong Kong, la Chine et l’Europe ont évité ces tensions. Y a-t-il une stratégie de part et d’autre pour se ménager ?

Coronavirus oblige, le sommet annuel Chine-Union européenne s’est tenu le 22 juin par visioconférence.
Coronavirus oblige, le sommet annuel Chine-Union européenne s’est tenu le 22 juin par visioconférence. © AFP / Pang Xinglei / XINHUA / Xinhua via AFP

La Chine tire à boulets rouges sur tous ceux qui critiquent sa mainmise sécuritaire sur Hong Kong. Elle dénonce en termes vifs l’Australie, le Royaume Uni, le Canada, et bien sûr les États-Unis de Donald Trump qui le lui rendent bien.

Mais dans cette guerre des mots, Pékin ménage relativement l’Union européenne ; et si les 27 ont condamné la loi sécuritaire imposée par la Chine, ils ont été plus prudents dans les conséquences, se refusant à toute mesure de sanctions.

Alors y a-t-il un jeu diplomatique subtil entre la Chine et l’Europe, alors que le schisme est chaque jour plus grand entre Pékin et ce qu’on appelait autrefois l’Occident ?

Depuis un peu plus d’un an, l’Union européenne a durci le ton vis-à-vis de Pékin, tant dans les négociations économiques que politiques. Un document de la Commission européenne, au printemps 2019, avait choqué à Pékin en parlant de la Chine comme d’un « rival systémique ». Lors d’un sommet Chine-UE en visioconférence le mois dernier, les dirigeants de l’Union ont déclaré que « les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas négociables ».

La traduction concrète de ces paroles pose toutefois problème, surtout avec un pays aussi puissant que la Chine d’aujourd’hui. Sur Hong Kong, les ministres des Affaires étrangères des 27 doivent étudier lundi un projet franco-allemand de riposte au coup de force à Hong Kong. Rien, a priori, qui empêchera Pékin de dormir, ni même provoquer le type de menaces qui a accompagné l’annonce à Londres de la possibilité offerte à trois millions de Hongkongais de s’installer au Royaume Uni.

Alors la Chine et l’Europe ont-elles, l’une comme l’autre, des raisons de se ménager, alors que tout, dans le durcissement de la politique chinoise, pourrait provoquer une détérioration ? 

La Chine a-t-elle estimé qu’elle ne pouvait pas être en guerre avec le monde entier, et que traiter différemment l’Union européenne des pays anglosaxons peut avoir des avantages tactiques ? 

Du côté des Européens, il est clair qu’ils ne veulent pas se laisser entraîner dans la guerre froide voulue par Donald Trump, et cherchent la voie étroite qui permettrait de ne pas s’aligner sur Washington, sans pour autant fermer les yeux sur les dérives chinoises.

Ce positionnement est d’autant plus difficile à trouver qu’il pose, en fait, la question de la place de la Chine dans le monde, des rapports de force entre les puissances qui comptent, et donc la cohérence de l’Europe elle-même. C’est autour de la « question chinoise » que va en effet se définir une bonne partie du monde de demain.

Comme à l’époque de la guerre froide, il faudra choisir entre le « containment », l’endiguement d’une Chine jugée trop expansionniste, ou l’« engagement », c’est-à-dire un dialogue sans illusions, mais avec des avancées ponctuelles ?

Pour l’heure, le déchainement de Donald Trump pousse les Européens dans la direction de l’« engagement », critiquer la Chine sans couper les ponts. Mais toute politique doit avoir une obligation de résultats, et là, les Européens vont devoir prouver que leur stratégie est capable de peser, ce n’est pas gagné.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.