Par leur population et leur poids économique, cinq des quinze pays de l’Union européenne sont plus égaux que les autres. Outre la France, il s’agit de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l’Espagne et de l’Italie et, depuis hier, les ressemblances entre ces puissances se sont nettement accentuées. Depuis ce premier tour des législatives, deux grands pôles s’affirment sur l’échiquier politique, l’UMP à droite, le P.S. à gauche, qui deviennent des forces dominantes autour desquelles devrait désormais s’organiser l’alternance démocratique. L’UMP doit encore devenir un vrai parti. Comme toute la social-démocratie européenne, le Parti socialiste va devoir, lui, redéfinir sa place et son projet, mais la France semble maintenant en marche vers ce bipolarisme, voire ce bipartisme, qui caractérise les autres puissances de l’Union. Deuxième similitude apparue hier, le passage au quinquennat et la simultanéité introduite entre les scrutins présidentiel et législatifs a créé, en France, un nouveau rythme politique d’une demi-décennie, le même que celui de nos quatre voisins qui votent, eux aussi, tous les quatre ou cinq ans. Nous nous sommes, enfin, rapprochés, hier, du régime parlementaire qui caractérise les autres puissances européennes car, bien qu’élu au suffrage universel et séparément des députés, le Président de la République est devenu en quelques semaines, un super Premier ministre qui aurait difficilement pu rester en place si le vote d’hier ne lui avait pas été favorable. Non seulement la France vient d’européaniser son système politique mais le temps et la majorité dont Jacques Chirac disposera lui permettent de jouer un rôle décisif dans l’Union. Sortie de la cohabitation, la France peut aujourd’hui retrouver toute sa place sur la scène internationale, faire des choix, décider, et cela dans un moment où l’état de l’Union demande qu’on parle clair et tranche. Sous dix-huit mois, demain donc, l’Union s’élargira à dix nouveaux membres. Parallèlement, les difficultés qu’éprouveront la France et l’Allemagne à réduire leurs déficits budgétaires reposent toute la question du Pacte de stabilité. Il faut non seulement donner de nouvelles institutions à l’Union mais y introduire, en même temps, un pilotage commun des économies de la zone euro, un gouvernement économique. La France s’est déjà mis d’accord avec l’Allemagne, c’était il y quinze jours, pour refuser l’option fédérale. La Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Italie sont sur la même ligne. Le fédéralisme n’est hélas pas à l’ordre du jour. C’est le Conseil européen, le club des chefs d’Etat et de gouvernement, qui va prendre les commandes en Europe mais, quoi qu’il en soit, c’est à l’échelle européenne que les grandes décisions vont désormais se prendre, par vote ou consensus. Il faut que cela soit dit, que cela soit clair. Il faut surtout que les choix que la France proposera à ses partenaires, les alliances et les concessions qu’elle sera ainsi amenée à faire soient présentés et expliqués au pays, que les Français investissent l’échiquier européen au lieu d’en être coupés. Si ce n’était pas le cas, l’Europe, donc la France, rateraient leur entrée dans ce siècle. Depuis hier, une immense responsabilité pèse sur Jacques Chirac.

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