C’était il y a dix ans bientôt. La guerre de Bosnie battait son plein. Serbes, Musulmans et Croates tentaient de s’approprier cette République de l’ancienne Fédération yougoslave où ils avaient auparavant coexisté dans la plus totale harmonie. Les puissances occidentales s’obstinaient bizarrement à vouloir maintenir l’unité de ce pays qui éclatait comme la Yougoslavie l’avait fait. Cette guerre, en fait, tirait à sa fin mais elle n’avait pas encore connu le pire de ses moments, la plus atroce tuerie commise en Europe depuis la défaite nazie. Le 6 juillet 1995, des troupes serbes commandées par le général Mladic, Ratko Mladic, encerclent la ville de Srebrenica, à l’est de la Bosnie, où des dizaines de milliers de Musulmans de toute la région ont trouvé refuge sous protection d’un contingent néerlandais des Nations-Unies. Ces familles sont sous protection internationale mais, le 9, les troupes serbes intensifient leurs bombardements et prennent en otages trente soldats néerlandais d’un poste d’observation avancée sans que quiconque ne réagisse. Le 11 en début d’après-midi quand, enfin, les troupes serbes sont à leur tour bombardées par deux F-16 néerlandais, les Serbes répondent en menaçant d’exécuter leurs otages et les réfugiés sont purement et simplement abandonnés à leur sort par les troupes censées les protéger. Le 12, sous l’œil débonnaire du général Mladic qui distribue des bonbons aux enfants, les femmes et les enfants sont évacués en autobus par les Serbes qui refusent de laisser partir les hommes de 12 à 77 ans qu’ils doivent, disent-ils, interroger sur des crimes de guerre dont ils se seraient rendus coupables. Glaçante, cette scène annonce la suite. En trois jours, plus de sept mille hommes sont froidement assassinés par les soldats de Mladic qui veulent assurer une continuité territoriale entre la partie serbe de la Bosnie et la Serbie et sont si fiers d’eux qu’ils filment leur boucherie. Le 16, des survivants hagards donneront les premiers récits de ce massacre mais, depuis dix ans, malgré son inculpation par le Tribunal pénal international, Ratko Mladic est resté introuvable, très évidemment protégé par ses nombreux amis des services secrets serbes sur lesquels il pourrait se montrer dangereusement bavard pour eux. Alors, question : pourquoi son arrestation parait-elle maintenant imminente ? Parce que le temps a passé, que les passions nationales des guerres yougoslaves s’apaisent, que les Serbes voient la Slovénie prospérer dans l’Union européenne et la Croatie marcher vers l’adhésion tandis qu’ils s’enfoncent, eux, dans le marasme car ils ne recevront pas d’aide étrangère tant que Mladic n’aura pas été déféré à La Haye. Le temps a passé et les Serbes commencent à s’interroger sur les crimes commis en leur nom, crimes auxquels ils ne croyaient pas car ils se vivent, non sans raisons par ailleurs, comme les victimes de l’éclatement yougoslave. Le temps a passé et les assassins d’il y a dix ans bénéficient de moins de sympathies à Belgrade. Leur expulsion ou leur reddition forcée n’indigneraient plus beaucoup de Serbes. La Serbie est maintenant prête à débusquer Mladic dont tout dit qu’il sera sous les verrous avant la commémoration, le 11 juillet prochain, de ses massacres.

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