Entre espoir et craintes, tout tangue en Iran, et chaque jour un peu plus. Tout tangue, on le disait hier, car l’élection d’après-demain est devenue totalement ouverte depuis que les débats télévisés ont laissé voir un président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, agressif, sur la défensive et, surtout, accusé à l’unisson par ses trois concurrents de systématiquement mentir sur tout, d’avoir mené l’économie iranienne à un désastre, humilié et isolé le pays par « l’extrémisme » de sa politique étrangère et ses déclaration sur l’Holocauste. Durant ces débats, il n’y avait plus âme qui vive dans les rues, tout le monde était devant les écrans et, du coup, les Iraniens se sont repris à croire en la possibilité d’un changement politique. Non seulement l’abstention ne cesse plus de reculer dans les sondages, celle-là même qui avait permis l’élection de Mahmoud Ahmadinejad il y a quatre ans, mais les manifestations de rue se multiplient contre sa réélection. Lundi soir, c’est un cortège de 19 kilomètres qui a remonté Téhéran, du sud au nord. Hier soir, l’opération devait se répéter, d’est en ouest cette fois-ci. Un nouveau rassemblement est prévu, aujourd’hui, dans la capitale et l’on ne compte plus les villes de province, petites et grandes, où d’innombrables foules descendent dans les rues, formant une coulée verte – verte comme la couleur de campagne choisie par Mir Hossein Moussavi, celui des trois opposants qui paraît le mieux à même de battre le président sortant. Le vert, vert de l’Islam mais, aussi, du printemps, est devenu ce qu’avait été l’orange en Ukraine, le signe de ralliement d’une révolution de velours dont l’improbable héros est cet ancien Premier ministre, retiré de la vie politique depuis vingt ans, hier encore presque oublié mais qui conjugue trois atouts de taille. Il a la légitimité d’un homme qui fut le bras droit du fondateur du régime, l’ayatollah Khomeiny, durant la guerre entre l’Irak et l’Iran. Il a une épouse, universitaire reconnue et « féministe » déclarée, qui le tient par la main en public et séduit les intellectuels et les femmes. Il a été adoubé, enfin, comme candidat réformateur par l’ancien président Khatami. Tout en retenue mais plein d’autorité, Mir Hossein Moussavi a si bien révolutionné le pays en quelques jours, soulevé de tels espoirs, que les adversaires de Mahmoud Ahmadinejad, cette jeunesse qui a envahi les rues, considèrent le président sortant comme déjà battu tandis que les têtes politiques de l’opposition s’inquiètent, elles, d’une fraude massive, voire de provocations ou, même, d’une vague de répression. La tension est telle que l’ancien président Rafsandjani, actuel président de l’Assemblée des experts, l’organisme religieux qui nomme et peut révoquer le Guide suprême, successeur de l’ayatollah Khomeiny et patron des forces armées, vient de lui écrire pour le rappeler, entre les lignes, à son devoir de neutralité. Adversaire déclaré d’Ahmadinejad, le chef de file des plus hautes autorités religieuses vient, autrement dit, de mettre en garde le Guide suprême, homme le plus puissant du pays et partisan d’Ahmadinejad, contre une mobilisation du régime en faveur du président sortant. Le peuple manifeste, le régime se déchire : le navire tangue.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.