Le simple bon sens le dit. Si ces nouvelles sanctions contre l’Iran adoptées, hier, par le Conseil de sécurité sont les quatrièmes en quatre ans, c’est que les trois premières n’ont pas eu les effets escomptés. On peut donc logiquement douter que celles-ci en aient plus et le scepticisme est d’autant plus justifié que la résolution du Conseil reste mesurée. De nouvelles personnes et de nouvelles institutions du régime iranien sont directement visées. Ces sanctions vont encore compliquer les transactions commerciales et financières de la République islamique. Les achats d’armements lui seront interdits. Ce n’est pas rien mais il y a un "mais". L’Iran qui n’a pas de capacités de raffinage suffisantes pour alimenter ses stations services pourra continuer à acheter de l’essence sur le marché mondial et les échanges dans le domaine énergétique ne sont pas non plus touchés par cette résolution. Le Conseil s’est, autrement dit, abstenu de prendre les deux mesures qui auraient immédiatement mis le pouvoir iranien dans des vraies difficultés économiques et sociales. Mahmoud Ahmadinejad ne s’y est pas trompé. Il n’y a, là, qu’un « mouchoir usagé à jeter à la poubelle », a-t-il aussitôt déclaré en faisant savoir que son pays poursuivrait ses activités d’enrichissement d’uranium, celles-là mêmes qui pourraient, bientôt, lui permettre de se doter de la bombe et d’enclencher ainsi un cycle de prolifération nucléaire qui aurait tôt fait de transformer la poudrière proche-orientale en poudrière atomique. Adoptée par douze voix contre deux, celles du Brésil et de la Turquie, et une abstention, celle du Liban, cette résolution ne marque pas un tournant décisif mais il y a, pourtant, deux raisons de ne pas en sous-estimer l’importance. La première est que, si le régime iranien s’en moquait autant qu’il le dit, il n’aurait pas déployé tant de vains efforts pour y échapper. Voyages, messages, admonestations publiques, il a tout fait pour dissuader la Chine et la Russie de la voter. Il a surtout tenté une diversion en négociant avec le Brésil et la Turquie un faux compromis destiné à diviser le Conseil de sécurité ou retarder, au moins, son vote. En proie à une inflation galopante et un endettement gigantesque, ce régime va s’enfoncer dans de nouvelles difficultés économiques dont il aurait eu avantage à se passer un an juste après que le trucage de l’élection présidentielle a provoqué une crise politique qui ne se résorbe pas. Devant la répression, la vague des manifestations de rue a fini par refluer mais aucun des leaders de l’opposition ne s’est laissé intimider et les divisions au sein du régime sont plus apparentes que jamais. Second motif d’inquiétude pour ce pouvoir, son isolement grandit. La Chine et la Russie lui ont épargné les sanctions les plus dures mais ni l’une ni l’autre ne cachent plus leur réprobation devant l’aventurisme et la mauvaise foi d’un régime qui, désormais, les inquiète. La République islamique garde un pouvoir de nuisance régionale mais ses marges de manœuvre se réduisent, lentement mais sûrement.

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