Il y a des années que les plus lucides des Israéliens le martèlent. « Imposez-nous un accord de paix ! Imposez-le à nous tous, Israéliens et Palestiniens ! », implorent-ils depuis longtemps l’Amérique et l’Europe en expliquant qu’aucune des deux parties à ce conflit n’arrivera à s’en sortir seule et, prière du Vatican ou pas, on ne peut plus ne pas penser à cette supplique en voyant où en sont aujourd’hui les deux camps.

Les Palestiniens sont dans un tel état de faiblesse qu’ils ont du surmonter les divergences entre laïcs du Fatah et islamistes du Hamas pour former un gouvernement d’union, un gouvernement d’union provisoire composé de technocrates soutenus par les deux partis mais ne leur appartenant pas afin que les Etats-Unis ne coupent pas les vivres à l’Autorité palestinienne puisque le Hamas est sur leur liste des mouvements terroristes.

Rien n’est plus irréel que ce cabinet sans vision commune mais devenu incontournable puisque les laïcs ne savent plus où ils vont maintenant qu’a échouée la relance des pourparlers de paix par les Américains et que les islamistes sont totalement isolés maintenant que leurs alliés des Frères musulmans ont perdu la partie en Egypte et que l’Iran et le Hezbollah libanais sont trop occupés à soutenir le régime de Bachar Al-Assad en Syrie pour leur prêter la main.

Modérés ou radicaux, les Palestiniens sont plus seuls qu’ils ne l’ont jamais été. Les Palestiniens sont dans l’impasse, politiquement démunis et ne sachant plus où aller, mais les Israéliens ne sont pas en bien meilleure situation.

Ils ont, certes, un Etat solide, une économie florissante, une recherche qui est à la pointe mondiale et l’armée la plus puissante de la région. Ce n’est pas rien. C’est beaucoup et laisse le temps de voir mais maintenant que les Israéliens ont brisé les efforts de paix américains parce qu’ils continuent de ne voir que les dangers que porterait pour eux un Etat palestinien et non pas les possibilités qu’il offrirait d’une paix véritable et durable, ils ne savent plus non plus où aller.

Le week-end dernier, lors des traditionnels entretiens d’Herzliya sur la sécurité, le gouvernement Netanyahou a ainsi étalé de profondes divergences, non pas tactiques mais stratégiques.

Tzipi Livni, la ministre de la Justice chargée des pourparlers de paix, a plaidé pour leur reprise. Le ministre de l’Intérieur a défendu le statu quo. Celui de l’Economie a appelé à une pure et simple annexion des territoires occupés et celui des Finances a réagi en déclarant que son parti quitterait la coalition et ferait donc tomber le gouvernement si son collègue de l’Economie était entendu.

Le ministre des Affaires étrangères a dénoncé, là-dessus, cette effarante cacophonie mais le fait est qu’Israël n’a plus de vision de son avenir, pas plus que les Palestiniens, car la seule option qui lui reste, à défaut de la paix, est un Etat binational dans lequel les Palestiniens seraient bientôt majoritaires et, donc, aux commandes ou soumis à un apartheid.

Les plus lucides des Israéliens ont raison : la paix ne pourra qu’être imposée à ces deux peuples et c’est à l’Europe et l’Amérique de s’y employer.

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