Le 18 janvier 2015, Brock Turner, étudiant de vingt ans était pris en train de violer derrière une benne à ordures une jeune femme inconsciente de 23 ans...

Le 18 janvier 2015, Brock Turner, étudiant de vingt ans était pris en train de violer derrière une benne à ordures une jeune femme inconsciente de 23 ans. Aussitôt arrêté, aussitôt inculpé – les témoignages circonstanciés ne manquent pas. En mars, il a été reconnu coupable et le 2 juin, condamné par un juge californien, Aaron Persky. C'est là que le scandale commence vraiment. Alors que le jeune homme risquait jusqu'à sept ans de prison ferme, le juge Persky ne lui en a donné que six mois. Avec ce commentaire dans ses attendus : « une peine de prison lourde aurait eu un impact trop sévère sur Brock Turner », alors, ajoute-t-il, « qu'il ne représente pas de danger pour la société ». Pas un mot, ou si peu pour la victime. Aussitôt le web s'enflamme, une pétition demande la révocation du juge Persky : plus d'un demi-million de signatures. S'ajoute à cela une lettre du père du jeune homme expliquant que la vie de son fils était ruinée à cause de « vingt petites minutes d'action ».

Et la victime dans cette affaire ? Elle a pris la plume et publié un long texte absolument magnifique, dont je vais vous lire quelques lignes : « Après quelques heures à l'hôpital, j'ai enfin eu le droit de me doucher et je me suis rendu compte que je ne voulais plus de mon corps. J'étais comme terrifiée par lui. Je ne savais pas ce qui y avait été introduit, s'il avait été contaminé ni même qui l'avait touché. Je voulais me débarrasser de lui comme on enlève un vêtement et le laisser à l'hôpital avec le reste. » Beau texte, non ? En fait, si cette affaire a pris d'ampleur aux Etats-Unis, c'est pour deux raisons. La première tient à ce que la presse américaine appelle une « culture de la violence sexuelle » ou une « épidémie de viol » sur les campus américains. Les chiffres donnent raison aux commentateurs et font froid dans le dos. Rien qu'en 2014, il y a eu 4 959 plaintes pour viols et agressions sexuelles dans les universités américaines.

La deuxième raison de cette emballement tient à l'élection présidentielle. Alors quel rapport entre l'élection à venir et ce viol ? Beaucoup y voient comme une sorte de répétition argumentaire du débat présidentiel à venir. D'un côté les violences faites aux femmes, l'inégalité de genre et la justice biaisée par l'origine sociale et raciale. Voilà pour le côté Clinton de l'affaire. Côté Trump, l'homme qui dit tout haut ce que la majorité silencieuse et blanche américaine dit tout bas, il y a le père du jeune homme et sa lettre qui confond sexe et viol et le juge qui s'inquiète de l'avenir de ce grand dadet qui a perdu le contrôle.

Enfin, il y une remarque que je me suis fait tout seul, comme un grand : j'ai déjà évoqué plusieurs fois les violences faites aux femmes dans cette chronique. Notamment à propos du Brésil, de l'Inde ou encore des événements de Cologne. Au fond, j'ai peut-être accrédité l'idée que le viol c'était une affaire d'étrangers, loin, ailleurs. Cette affaire de Stanford m'a un peu réveillé : les violences faites aux femmes ça se passe aussi sur les campus chics des grandes universités occidentales. Ca m'a rappelé quelques chiffres qu'il est utile d'avoir en tête : une femme sur cinq en Europe et aux Etats-Unis sera agressée sexuellement au cours de sa vie et dans 80% des cas pas par étranger, un réfugié ou un migrant mais par quelqu'un de son entourage immédiat.

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