Une manifestation d'ampleur historique a mobilisé les Hongkongais dimanche contre un projet de loi sur les extraditions en Chine, perçu comme un nouveau grignotage de l'autonomie du territoire. Un défi majeur pour Pékin.

Une véritable marée humaine a envahi dimanche les rues de Hong Kong pour s'opposer à un projet de loi sur les extraditions en Chine, qui sera examiné mercredi par l'Assemblée du territoire autonome.
Une véritable marée humaine a envahi dimanche les rues de Hong Kong pour s'opposer à un projet de loi sur les extraditions en Chine, qui sera examiné mercredi par l'Assemblée du territoire autonome. © AFP / Philip FONG / AFP

Hong Kong est décidément le cauchemar des dirigeants chinois. Plusieurs centaines de milliers de manifestants -plus d'un million selon les organisateurs, soit un Hongkongais sur sept- sont descendu dans la rue hier pour s'opposer à un projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine continentale. C'est la plus grande manifestation depuis que l'ancienne colonie britannique est revenue dans le giron chinois en 1997, un défi d'ampleur historique à l'autorité de Pékin.

Pour comprendre la portée de cet événement, il faut se souvenir que le retour de Hong Kong à la Chine s'accompagnait d'un statut d'autonomie pour cinquante ans, résumée par la formule, « un pays, deux systèmes ». Hong Kong est donc au sein de la Chine, mais dispose de son parlement, d'une opposition politique, d'une presse théoriquement libre, de la liberté de manifester, toutes choses impossibles dans le reste de la Chine.

Depuis quelques années, toutefois, les Hongkongais ont le sentiment que Pékin grignote progressivement cette autonomie. En 2014, Hong Kong avait vécu la Révolution dite « des parapluies », qui demandait l'élection, comme promis, du principal dirigeant du territoire au suffrage universel. Pékin avait opposé une fin de non recevoir.

L'esprit frondeur des Hongkongais s'exprime notamment par la commémoration, chaque année, de l'anniversaire du massacre de Tiananmen, le seul coin de Chine où c'est possible. La semaine dernière, pour le 30ème anniversaire, ils étaient 180 000, alors que de l'autre côté de la frontière, la seule référence à Tiananmen vous envoyait directement en prison.

Cette fois, c'est une loi sur les extraditions qui provoque le sursaut. Des affaires d'enlèvement de libraires ou d'un homme d'affaire qui se sont retrouvés en Chine ont marqué les esprits, et expliquent la mobilisation et même les affrontements de fin de manifestation. La loi revient devant l'assemblée locale mercredi, et de nouveaux incidents sont redoutés.

Les autorités chinoises n'ont pas de réponse politique adaptée. Elles sont confrontés à un phénomène qui les a surpris, l'émergence de leaders d'à peine 20 ans, c'est-à-dire qui ont grandi après la rétrocession : or cette génération est la plus frondeuse, voire même radicale avec un noyau qui revendique l'indépendance.

De fait, les Hongkongais avaient favorablement accueilli la rétrocession en 1997, à un moment où la Chine, en pleine croissance, laissait espérer un assouplissement de son système. Mais la fête a tourné court, et Hong Kong se sent trop différente pour s'intégrer facilement dans une Chine redevenue rigide sous Xi Jinping.

La fronde politique fait désormais partie de l'identité culturelle des Hongkongais : « je manifeste, donc je suis différent des autres Chinois ».

Pékin va devoir gérer cette crise en direct, car l'administration du territoire est discréditée. Mais dans ce bout de l'empire où l'usage de la force est impossible, il va falloir trouver autre chose pour mater les Hongkongais.

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