Le G7 reporté, pas de chefs d’État à l’Assemblée générale de l’ONU, le sommet européen en visioconférence… La diplomatie est en panne pour cause de pandémie, laissant les tensions internationales s’aggraver.

Au G7 au Canada en juin 2018, Angela Merkel, et les autres chefs d’État et de gouvernement face à Donald Trump : impossible aujourd’hui par temps de pandémie.
Au G7 au Canada en juin 2018, Angela Merkel, et les autres chefs d’État et de gouvernement face à Donald Trump : impossible aujourd’hui par temps de pandémie. © AFP / JESCO DENZEL / BUNDESREGIERUNG / dpa Picture-Alliance

C’est un effet collatéral du coronavirus, mais pas négligeable : les rencontres diplomatiques sont devenues impossibles, remplacées, comme le reste, par des visioconférences. Ca peut sembler désuet, mais à un moment de grandes tensions internationales, l’absence de contacts personnels entre les représentants des États peut avoir des conséquences négatives.

Les Nations Unies ont annoncé hier qu’aucun chef d’État ne sera présent à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre à New York, pour la première fois depuis la création de l’organisation il y a 75 ans. Impossible d’accueillir des milliers de délégués en ces temps d’alerte sanitaire. Il n’en restera que des discours par vidéo, ça n’est généralement pas l’intérêt principal de ce rendez-vous.

Le G7 qui devait se tenir ce mois-ci sous présidence américaine, est reporté sine die, tout comme le sommet entre le numéro un chinois Xi Jinping et les 27 dirigeants européens, prévu en septembre en Allemagne. Emmanuel Macron, pour sa part, a renoncé à se rendre à Moscou le 9 mai, pour l’anniversaire de la victoire sur le nazisme, une étape prévue dans son dialogue complexe avec Vladimir Poutine.

Un Sommet européen doit se tenir la semaine prochaine, pour discuter du plan de financement de la Commission qui divise les 27, mais il se déroulera en visioconférence. Ca ne devrait être qu’une étape, mais lorsqu’il faudra décider, peut-être début juillet, tout le monde espère qu’un sommet en face à face sera enfin possible.

Les diplomates européens le disent volontiers, le dialogue entre dirigeants fonctionne bien par visioconférence. C’est d’ailleurs en plein confinement qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel ont conçu le plan de relance qui a servi de base à la proposition aujourd’hui sur la table. Mais ça marche moins bien à 27, avec les États dit « frugaux » opposés à la proposition de la Commission.

Ce qui manque, ce sont les discussions de coulisse, les recherches de compromis dont l’Europe a le secret, et qui passent souvent par des relations personnelles, des échanges informels, voire même des marchandages s’agissant d’enjeux budgétaires.

La personnalisation des relations internationales n’est pas nouvelle, mais elle n’a fait que s’accélérer. On se souvient de cette photo d’un sommet du G7 où Angela Merkel, Donald Trump et les autres sont en discussion, l’air tendu, lors d’une pause. Impossible par visioconférence… 

La liste est longue des dossiers sur lesquels la diplomatie n’a plus prise. La dégradation de l'environnement international est évidemment antérieure à cette panne de l’action diplomatique due au coronavirus, elle doit autant à la crise du multilatéralisme, au retrait américain, à la montée de la Chine.

La guerre en Libye en est la meilleure illustration. Le dernier émissaire des Nations Unies, Ghassan Salamé a démissionné en mars, constatant son impuissance face aux ingérences extérieures alimentant et prolongeant la guerre civile. Depuis, il n’a pas été possible de lui nommer un remplaçant, dans un contexte international paralysé par les rivalités, … et la pandémie.

Les sommets internationaux, les rencontres diplomatiques, les médiations, sont rarement des événements spectaculaires. Mais leur utilité n’est jamais aussi visible que lorsqu’ils ne peuvent pas se produire, et laissent les tensions du monde poursuivre leur chemin en roue libre.

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