Le Sénat américain a voté un plan de 250 milliards de dollars pour l’innovation technologique, avec un soutien bipartisan destiné à faire face au défi chinois. C’est le seul sujet sur lequel Démocrates et Républicains s’entendent.

La Chine ambitionne de devenir leader mondial dans les technologies d’avenir, comme en témoigne son important programme spatial.
La Chine ambitionne de devenir leader mondial dans les technologies d’avenir, comme en témoigne son important programme spatial. © AFP / Wang Jiangbo / XINHUA / Xinhua via AFP

Le Sénat américain a adopté mardi une loi qui confirme deux aspects fondamentaux de la rivalité sino-américaine : le premier est que c’est le seul sujet sur lequel Républicains et Démocrates sont sur la même longueur d’onde ; le second, c’est que le terrain privilégié de cette rivalité, c’est l’innovation technologique, et que la bataille des deux géants va dominer les prochaines années, voire les prochaines décennies.

Sur le premier point, les deux tiers du Sénat, et donc une bonne partie des élus républicains, ont voté en faveur d’un projet de loi qui prévoit de booster les dépenses dans les secteurs d’innovation de quelque 250 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Il est clair pour tout le monde qu’il s’agit de ne pas perdre la course à l’innovation technologique face à une Chine qui ambitionne de devenir numéro un dans les secteurs d’avenir.

Le même jour, Joe Biden subissait un échec au Sénat sur son méga plan de dépenses dans les infrastructures américaines, montrant clairement que le consensus qui existe pour tenir tête à la Chine, disparait dès qu’il s’agit de l’agenda personnel du Président démocrate.

La course se fait dans ce qu’on appelle les technologies de rupture, l’intelligence artificielle ou l’informatique quantique, et dans une réduction de la dépendance de l’Amérique vis-à-vis de l’Asie dans la production de composants-clés comme les semi-conducteurs. Les investissements envisagés sont considérables, et doivent permettre aux États-Unis de conserver leur avance ou de rattraper la Chine selon les secteurs.

Ce plan qui bénéficie donc d’un soutien très large au Congrès est l’aboutissement de plusieurs années de maturation. Tout est parti d’un programme baptisé « Chine 2025 », dans lequel Pékin énonçait les secteurs dans lesquels la Chine ambitionne de devenir numéro un mondial. 

Pour les États-Unis, c’était un défi lancé à leur suprématie par une puissance rivale, totalitaire ; un peu à l’image de ce qu’avait représenté le lancement du premier Spoutnik soviétique dans l’espace en 1957. A l’époque, les États-Unis avaient réagi en créant la NASA pour la conquête de l’espace, et la DARPA, l’agence d’innovation technologique, et avaient rétabli leur leadership.

La Chine est convaincue que l’Amérique est en déclin. Xi Jinping l’a dit publiquement : « l’Orient monte, l’Occident décline ». Tout l’enjeu pour les États-Unis est donc de prouver à la Chine, mais aussi aux alliés de l’Amérique, en Europe ou en Asie, qu’ils sont capables de relever le défi.

Et le terrain d’affrontement du XXI° siècle est celui de la technologie, avec ses implications tant militaires qu’économiques. 

La Chine a développé une capacité d’innovation incontestable dans les secteurs d’avenir, dans le quantique par exemple, qui permet de résoudre en quelques secondes des opérations qui prendraient une vie avec l’informatique classique, ou dans l’espace où elle suit une voie indépendante.

Le risque est celui du découplage de deux univers technologiques, l’un américain, l’autre chinois, plus encore que deux univers idéologiques. Et le reste du monde devra choisir son camp.

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