C’est la question du jour à Bruxelles. Si Jacques Chirac, y dit-on, tient ses promesses électorales, s’il réduit l’impôt sur le revenu, allège l’imposition des sociétés et diminue les charges sur les bas salaires, s’il augmente parallèlement les dépenses en matière de sécurité, la France ne pourra pas parvenir à l’équilibre budgétaire en 2004. L’une des premières puissances européennes, une locomotive de l’Union, serait alors en situation de rupture avec le pacte de stabilité qui a présidé à la naissance de l’euro. La France romprait avec les engagements de rigueur qu’avaient souscrit les pays de l’euroland pour que les déficits des uns ne pénalisent pas les autres en pesant sur la monnaie unique. Non seulement les pays qui sont déjà parvenus à l’équilibre pourraient se dire trompés mais, bien plus grave encore, l’Allemagne, le Portugal et l’Italie, également confrontés à des difficultés budgétaires, s’engouffreraient dans la brèche française pour ne pas honorer, non plus, leur signature. Le pacte de stabilité en serait réduit à une déclaration de principes. Il deviendrait bien difficile à Tony Blair de rallier la Grande-Bretagne à l’euro. Il serait encore plus difficile d’exiger des pays candidats qu’ils respectent les conditions économiques qui leur ont été imposées. Le processus de construction européenne entrerait, en un mot, dans une phase… plutôt agitée dont la seule perspective fait plisser les fronts à la Commission comme à la Banque centrale. On verra. On verra si les promesses de Jacques Chirac sont réellement incompatibles avec une situation « proche de l’équilibre » sous deux ans mais même si c’était le cas, il serait effectivement miraculeux, pour tout dire improbable, que tout le monde soit au rendez-vous de 2004, très coûteux, trop peut-être, économiquement et politiquement. Alors il y a deux manières de voir le problème. Ou bien on va au clash, passivement, prenant son parti d’une crise de confiance dans l’euro dont les conséquences seraient graves pour la stabilité de l’Union et de ses économies ou bien on dépasse le problème en faisant un bond vers l’Europe politique. L’importance du pacte de stabilité n’est en effet cruciale que si les Etats de l’euroland ne restent liés que par des accords monétaires. Dans ce cas là, il leur faut effectivement un contrat, un contrat strict à strictement respecter mais si ces Etats décidaient, en revanche, de mettre leurs politiques économiques en commun, de marcher ensemble vers une vraie fusion de leurs politiques, ce serait alors à la démocratie de trancher, aux peuples européens de choisir ensemble entre une politique monétariste, la musculation par la rigueur, et une politique de croissance par l’investissement, entre des politiques d’inspiration libérale ou keynésienne. Dans ce débat-là, les échiquiers de beaucoup des pays européens seraient remodelés. La frontière ne passerait plus entre droite et gauche, plus aussi nettement en tout cas, mais entre partisans du modèle européen et avocats du modèle américain. On progresse toujours par les crises. Celle qui s’annonce pourrait ne pas faire exception.

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