Le diagnostic est clair. De « profondes divisions sur l’Irak » apparaissent dans la hiérarchie militaire américaine, écrivait hier, en une, le Washington Post, un malaise assez profond pour que deux des officier interrogés par le quotidien aient accepté de parler à visage découvert. « Tactiquement, dans les combats en cours, nous avons encore le dessus », explique ainsi le général Swannak qui vient de servir dans l’Ouest de l’Irak comme commandant de la 82 ième Airborne division mais quand on lui demande si les Etats-Unis sont en train de perdre la guerre, à terme, il répond : « Stratégiquement, je pense que oui ». C’est aussi l’opinion du colonel Hughes, patron, l’année dernière, de la planification stratégique auprès de l’Autorité d’occupation à Bagdad et qui pense, lui, que, comme au Vietnam, les Etats-Unis « gagneront chaque bataille et perdront la guerre car nous ne comprenons pas, dit-il, la guerre dans laquelle nous sommes engagés ». Anonymement, un général haut placé au Pentagone, le département de la Défense, va encore plus loin. « Il est douteux que nous puissions continuer ainsi beaucoup plus longtemps, affirme-t-il, car les citoyens américains pourraient ne pas le vouloir - et ne le devraient pas », ajoute-t-il. Qu’en pense alors le commandant en chef des troupes en Irak, le général Abizaid ? Eh bien son point de vue est loin d’être totalement différent, seulement plus nuancé. « Militairement parlant, nous ne sommes pas en train de perdre », déclara-t-il, au Post. Très bien, mais tendanciellement, insiste le journal ? « Stratégiquement, répond-il, je crois qu’il y a des chances ». « Croire », ce n’est pas être sûr. « Des chances » de gagner, cela veut dire que, même à ses yeux, l’hypothèse d’une défaite n’est pas exclue mais au demeurant que voudrait dire gagner ? C’est toute la question et un « jeune général » qui n’a pas souhaité voir citer son nom par crainte que sa carrière ne s’en ressente n’y va pas par quatre chemins. « L’objectif stratégique d’un Irak libre, démocratique et débaassifié est aussi grandiose qu’inatteignable, estime-t-il. La révision à la baisse et l’abandon de ces ridicules objectifs n’est qu’une question de temps », poursuit-il en expliquant que « si l’équipe actuelle est reconduite en novembre elle finira par se contenter, comme on l’a déjà plus ou moins vu, dit-il, à Falloujah, d’une stabilisation sous la conduite d’anciens généraux irakiens » - autrement dit, d’anciens généraux de Saddam Hussein. Même les plus optimistes des officiers américains interrogés, même ceux qui se refusent catégoriquement à désespérer de la situation, insistent tous sur la nécessité d’un réexamen de la politique menée en Irak et, citations à l’appui, le Post fait état d’une profonde colère de la hiérarchie militaire contre le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et son cabinet civil. Outre les erreurs politiques qu’ils ont commises depuis la chute de Saddam, les responsables de l’armée ne lui pardonnent ni le mépris dans lequel il les tient ni, surtout, d’avoir, contre leur avis, sous-estimé le nombre d’hommes nécessaire à cette opération.

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