La France hésite et ne sait pas encore. S’il y a un enseignement à tirer de sondages qui donnent l’un le « oui » et le « non » à égalité, les autres une légère avance au « oui », c’est celui-là. A ce point du débat, face à une droite et une gauche l’une et l’autre éclatées entre partisans du « non » et ceux du « oui », face à des lectures totalement divergentes de ce texte mais défendues avec autant de flamme des deux côtés, aucune vraie majorité ne s’est encore dégagée. Tout reste possible, le « oui » comme le « non », et dans cette incertitude sur les avantages ou les inconvénients du texte lui-même, une question prend le pas sur les autres. Ce Traité serait-il ou non renégociable ? Oui, disent les uns, non, disent les autres mais que veut dire « renégociable » ? Si l’on veut dire par là que, face à un « non » français ou à plusieurs « non » de plusieurs pays, rien n’interdirait aux vingt-cinq Etats de l’Union de décider de se remettre au travail et d’élaborer un nouveau projet, c’est vrai. C’est vrai car, contrairement à ce que disent tant des partisans du « non », la règle de l’unanimité, même à vingt-cinq ou plus, n’empêche rien – pas plus d’amender ce projet une fois qu’il aurait été ratifié que d’en élaborer un autre s’il était rejeté. La preuve en est qu’on vient, en un an, de passer du Traité de Nice à l’actuel projet et de fondamentalement modifier le Pacte de stabilité – à l’unanimité des vingt-cinq dans l’un comme l’autre cas. Rien n’interdirait une renégociation mais si elle est, dans l’absolu, possible, deux questions se posent là. La première est de savoir sur quelles bases, et avec quels objectifs, la France demanderait alors cette renégociation. Faudrait-il le faire sur les bases du Front National ? De Philippe de Villiers ? De la Ligue communiste ? Du Parti communiste ? D’Attac ? Ou de Laurent Fabius ? Faux problème, répondent les partisans du « non de gauche » en faisant valoir que, si le « non » l’emporte, c’est eux qui auront défait le « oui » et que c’est, donc, leurs objectifs qui s’imposeront. Ils n’ont pas tort. Peut-être en effet car c’est effectivement le « non de gauche » qui crée le suspens. Au-delà de sa diversité, c’est lui qui peut-être décisif mais, outre le fait qu’il faudrait, pour qu’il soit porté devant nos partenaires, que cette gauche-là l’emporte aux prochaines élections législatives et présidentielles, que ce ne soit autrement dit pas Nicolas Sarkozy qui emporte la mise, se poserait alors la seconde question. Comment alors faire admettre à des gouvernements qui n’ont accepté de faire autant de pas vers l’Europe politique et d’intégrer la Charte des droits fondamentaux à ce Traité que sous la pression conjointe de la France et de l’Allemagne qu’ils devraient aller plus loin à la demande de la seule France ? Rien ne les y obligerait et cela d’autant moins que nombre d’entre eux seraient simplement ravis d’en rester à Nice - pas de démocratisation des institutions, pas de Charte, pas de dynamique fédérale, pas d’augmentation du poids de la FrancAllemagne, pas d’Europe politique en un mot mais la seule Europe marché qui leur convient si bien. La renégociation est théoriquement possible. Le problème est de savoir si les partisans du « non de gauche » en sortiraient plus satisfaits.

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