D’ordinaire, c’est au terrorisme international que le président russe s’en prend durant les défilés anniversaires de la capitulation nazie. En raison des attentats tchétchènes, ce thème a un fort écho en Russie. Il permet aussi à Vladimir Poutine de faire entendre que l’alliance de la Seconde guerre mondiale avec les Etats-Unis se perpétue aujourd’hui contre les réseaux islamistes. A tous points de vue, extérieur et intérieur, le thème est porteur pour le Kremlin mais, hier, durant le 61 ième anniversaire de la victoire, c’est contre ceux qui « tentent à nouveau de brandir les drapeaux du nazisme et sèment la haine, l’extrémisme et la xénophobie » que Vladimir Poutine s’est élevé et c’est très évidemment de son pays qu’il parlait. Une semaine plus tôt, Amnesty International avait accusé la Russie de « fermer les yeux » sur la multiplication des crimes racistes dans ses frontières en recensant au moins vingt-huit meurtres durant l’année 2005 auxquels s’ajoutent de nombreux incidents d’une rare violence. La fréquence de ces crimes « semble en hausse », ajoutait l’organisation de défense des droits de l’homme en notant que la justice russe préfère les présenter comme des affaires de droit commun alors qu’il sont perpétrés par des skin heads qui revendiquent leur haine des étrangers et arborent souvent insignes et drapeaux nazis – ceux-là mêmes auxquels Vladimir Poutine a fait allusion hier. En Russie, « la violence raciste est hors de contrôle », estimait Amnesty et elle le devient en effet, contre les Africains, les Asiatiques et les Caucasiens avant tout, pour trois raisons. La première est que l’effondrement soviétique et l’humiliation subie par la Russie lorsqu’elle est soudain passée du statut de superpuissance à celui de puissance moyenne en lutte pour entrer dans le XXI ième siècle ont suscité une forte réaction nationaliste. A défaut de pouvoir encore s’enorgueillir d’un empire, d’un bloc et d’une influence internationale décisive, beaucoup de Russes se sont non seulement tournés vers leurs racines nationales, culturelles et religieuses mais professent également une hostilité à tout ce qui n’est pas slave, à un monde extérieur dont seraient venus tous leurs malheurs. Vladimir Poutine a cultivé ce nationalisme pour asseoir son pouvoir. La sécession et les attentats tchétchènes l’ont beaucoup attisé mais si l’on en arrive maintenant à cette inflation de crimes racistes, c’est que beaucoup de ressortissants des anciennes républiques soviétiques du Caucase et d’Asie centrale continuent de considérer St. Pétersbourg et Moscou comme leurs capitales dans lesquelles ils espèrent qui plus est trouver du travail, au noir le plus souvent. Ces immigrés de l’empire suscitent l’hostilité car on leur reproche de venir voler des emplois dans un pays qui connaît le chômage alors même qu’ils ont choisi l’indépendance. C’est sur ce terreau que sont apparus les nazillons qui n’hésitent pas à tuer et s’attaquent également, troisième problème, aux étudiants africains, coupables de rappeler les temps où l’URSS investissait en Afrique un argent russe aujourd’hui perdu. Dans ces crimes racistes, il y a la fois la haine et la nostalgie du soviétisme.

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