L’Eglise romaine ne compte plus qu’un quart de ses fidèles en Europe. La moitié des quelque un milliard cent millions de catholiques du monde est aujourd’hui américaine et sur ces cinq cent quarante millions de baptisés seuls 66 millions sont citoyens des Etats-Unis. L’Amérique latine est, en un mot, le bastion de l’Eglise universelle et le bastion de ce bastion est le Brésil, 130 millions de catholiques à lui seul. Ces chiffres suffiraient à expliquer que Benoît XVI consacre, depuis hier, son premier voyage hors d’Europe à ce pays mais le pape est, avant tout, mu par l’urgente nécessité de relever un défi. En dix ans, 10% des catholiques brésiliens se sont convertis au protestantisme. C’est une hémorragie galopante qui ne fait que s’amplifier car les missionnaires évangélistes venus des Etats-Unis ont tout pour séduire l’Amérique latine. Ils disposent d’inépuisables fonds qui leur permettent de prendre à bras le corps les drames sociaux engendrés par la misère, non seulement d’aider les gens mais aussi d’organiser des réseaux de solidarité qui suscitent de véritables adhésions populaires. Dévoués, nombreux, les évangélistes proposent des solutions concrètes à des laissés-pour-compte dont le clergé catholique n’arrive pas assez à amoindrir les souffrances et ce n’est pas tout. Pour les classes moyennes latino-américaines, le protestantisme incarne également la religion dominante du plus riche des pays du monde, une religion qui doit donc bien avoir l’oreille de Dieu et dont beaucoup espèrent, en tout cas, qu’elle leur créera un lien avec ce si puissant voisin chez lequel chacun aimerait pouvoir aller vivre. Au Brésil comme dans toute l’Amérique latine, le catholicisme a pour lui l’Histoire, les traditions familiales, le nombre encore, mais le protestantisme a, lui, la puissance et l’argent, le prestige des Etats-Unis qui, dans un effort concerté, cherchent à enraciner par ces conversions leur influence dans un sous-continent qu’ils savent ne plus pouvoir dominer en y appuyant des dictatures militaires. C’est une formidable bataille de l’ombre qui se livre là, avant tout politique, mais comment Benoît XVI peut-il relever le gant ? Il va montrer la force du catholicisme en réunissant derrière lui de grandes foules. Ce n’est pas rien. Cela compte mais, outre qu’il n’a pas le charisme de son prédécesseur mais une froideur de gardien des dogmes, on ne l’a pas encore entendu défendre les pauvres et pourfendre l’égoïsme des riches avec l’ardeur et la colère de Jean-Paul II. En deux ans, Benoît XVI paraît avoir dévolu tout son pontificat à la dénonciation de l’avortement, de la contraception et du mariage homosexuel. Ce n'est pas suffisant pour répondre à ce défi latino-américain, si le pape ne sait pas profiter de ce voyage pour tonner contre l’injustice sociale et s’imposer aussi en avocat des plus faibles, le catholicisme continuera de reculer jusque dans ses bastions.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.