Revenons en arrière, car cette décision que l’Union européenne a prise, hier, de se doter d’un mécanisme d’intervention de 750 milliards pour défendre l’euro s’inscrit dans un mouvement général, datant déjà de 18 mois. Première évolution, sous le coup du krach de Wall Street, dès l’année dernière, les 27 ont fini par se rallier à l’idée d’un gouvernement économique de la zone euro qu’ils avaient été presque unanimes à rejeter jusqu’alors. Malgré l’urgence, l’Union a, ensuite, mis trois mois à se décider à aider la Grèce mais, deuxième évolution, elle s’y est finalement résolue en mettant sur la table, aux côtés du FMI, un prêt de 110 milliards sur trois ans qui n’est pas exactement rien. Les pays membres ont ainsi contourné les traités qui avaient interdit toute aide de la zone euro à l’un de ses membres de peur que la monnaie unique ne devienne un parapluie à l’abri duquel des gouvernements laisseraient filer leurs comptes. Cette deuxième évolution avait marqué un tournant dans l’histoire de l’Union mais la création d’un mécanisme d’aide européen, préventif, destiné aux pays de la zone euro qui rencontreraient des difficultés, constitue bien plus qu’une troisième évolution. C’est une révolution car, s’asseyant sur ses traités, l’Union se comporte, ainsi, comme un Etat, de type fédéral bien sûr, mais comme un Etat qui se défendrait en bloc et non pas en disant que telle ou telle de ses régions, grecque, espagnole ou portugaise, n’a qu’à se débrouiller avec ses déficits et ses dettes. A ce stade, il y a, donc, deux manières de voir les choses. Les uns diront que l’Union vient d’aller, enfin, trop loin pour faire machine arrière. Face au choix entre l’intégration ou la désintégration, diront-ils, elle a choisi la solidarité et l’intégration dont la logique la mènera à l’Europe politique. Les arguments à l’appui de cette thèse ne manquent pas puisque les aides apportées en vertu de ce nouveau mécanisme seraient conditionnées à des politiques de réduction des déficits et de l’endettement, que c’est, de fait, une politique économique commune qui se mettrait en place de cette manière et que tout poussera, maintenant, à élargir l’harmonisation à l’ensemble des politiques européennes. C’est la première thèse. Elle se tient. Tout dit que, crises aidant, c’est un choix de long terme que l’Europe vient de faire mais d’autres diront que ce n’est là que le dernier spasme du projet européen parce qu’il n’y a pas de gouvernements assez forts pour mener à bien des politiques de rigueur qui, de surcroît, feront haïr l’Europe. Ce sera, bientôt, le sauve qui peut général, disent-ils et peut-être ont-ils raison sauf… Sauf que ce n’est pas l’Europe mais les chiffres qui imposent un assainissement financier dans tous les Etats membres et que, si l’Europe se délitait, les remèdes seraient autrement plus amers et aléatoires. Les politiques communes ont, désormais, de vraies chances de s’imposer mais elles ne dureront et ne réussiront que si le débat démocratique définit leur contenu, que si la démocratie européenne devient réalité.

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