Le tableau n’est pas rose. En Tunisie, les difficultés sociales ont tourné, ce week-end, à l’émeute et aux pillages en deux points du pays. En Egypte, des violences antichrétiennes viennent de faire de nombreux morts et blessés tandis que l’inquiétude monte sur la dégradation de la situation économique. Les deux pays arabes qui se sont débarrassés de leurs dictateurs découvrent les écueils d'une transition soudaine et ailleurs, la situation est bien pire encore. Grâce à ses armes, son argent et ses mercenaires, le colonel Kadhafi s’accroche au pouvoir face à des insurgés sans formation militaire, mal armés et que les frappes de l’Otan n’aident guère car le régime a si bien dispersé ses forces dans des zones habitées qu’on ne peut les viser sans risquer de faire des victimes dans la population. L’insurrection n’a pas encore gagné la partie en Libye. Elle est, pour l'instant, vaincue à Bahreïn où les monarchies du Golfe ont volé au secours de la famille régnante. Malgré une mobilisation qui ne faiblit pas, elle ne parvient pas, au Yémen, à se débarrasser d’un président qui n’accepte de partir que pour aussitôt se dédire et, en Syrie, la répression devient chaque jour plus sauvage. Là-bas, le régime en place s’est lancée dans une véritable guerre contre son peuple, encerclant des villes entières, les coupant du monde, organisant des rafles massives, tirant dans des foules sans armes, tuant et torturant à tour de bras dans ce qui est maintenant un bain de sang quotidien. Ce printemps devient is et sanglant. Il tourne à l’automne mais on se tromperait lourdement à annoncer sa fin. L’étonnant n’est pas que l’Egypte et la Tunisie rencontrent des difficultés, dramatiquement aggravées par l’effondrement du tourisme. Il n’est pas, non plus, que les potentats libyen, yéménite et syrien jouent leur va-tout après avoir vu tomber les présidents d’Egypte et de Tunisie. Il est, au contraire, que les armées égyptienne et tunisienne continuent d’accompagner la marche vers la démocratie sans l’entraver par des coups d’Etat qui se seraient autrefois depuis longtemps produits. L'étonnant est, surtout, que les peuples de Libye, du Yémen et de Syrie continuent de se battre pour la liberté avec une constance et un héroïsme forçant l’admiration. Les insurgés libyens peuvent se dire que leur dictateur devra finir par céder devant l’appui que leur apportent les Occidentaux. Ils ont raison. Kadhafi finira par partir mais cette certitude, ni les Syriens ni les Yéménites ne peuvent la partager. Eux sont seuls, seuls contre des pouvoirs décidés à ne reculer devant aucun moyen pour tenter de se survivre mais les morts d’un jour lèvent les manifestants du lendemain. La génération de la démocratie fait ses armes. C’est le premier acte d’une révolution qui peut plier, bien sûr, devant la répression mais que les dictatures n’arrêteront pas car aucun pouvoir ne peut durablement tenir contre une jeunesse arabe qui partout, dans tous ces pays, constitue la moitié de la population. Le monde arabe a goûté à une liberté à laquelle il aspire. Une page s’est tournée et, contre cela, les chars ne peuvent rien d’autre que tirer en vain.

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