Affiches pour les élections législatives en Algérie
Affiches pour les élections législatives en Algérie © Mohamed Kadri/Landov/MAXPPP / Mohamed Kadri

Dans l’Algérie qui vote aujourd’hui, trois choses frappent immédiatement. Le voile est devenu la règle, les femmes en cheveux l’exception. La peur, encore si présente il y a peu d’années, ne se lit plus sur les visages et ces législatives intéressent si peu les Algériens que l’unique sujet de conversation politique est le retour aux commandes… de la gauche française.

Il n’y a pas plus contradictoire que ce pays. Jusqu’aux hommes du pouvoir, chacun y dénonce le « système », le pouvoir en place, mais pour ainsi dire personne ne rêve de le renverser, pas plus par les urnes qu’en descendant dans la rue, parce que le souvenir des 200 000 morts causées par la guerre civile des années 90 est bien trop présent et que les incertitudes de l’Egypte et de la Tunisie inquiètent presque autant que les flots de sang syriens.

Tout bien considéré, les Algériens ne sont nullement tentés par ce printemps arabe qui ne leur paraît pas du tout concluant et le sont d’autant moins qu’ils n’ont personne à qui crier « Dégage ! ». Abdelaziz Bouteflika, leur président, fait ce qu’il peut, c’est-à-dire pas grand-chose, pour sortir le pays de la stagnation. Passé des mains des vieux généraux de l’ombre à celles des services de sécurité, le vrai pouvoir est à la fois totalement insaisissable, omniprésent et suffisamment conscient du mécontentement général pour le canaliser plutôt que l’affronter. Ce système sait lâcher du lest et tout particulièrement devant les revendications sociales qui, grâce à la rente pétrolière, sont satisfaites sitôt qu’une grève éclate, autrement dit plusieurs fois par jour et partout.

Ce pays fait penser à un vieux couple lassé où mari et femme, le pouvoir et la population, se seraient résignés à vivre ensemble faute de mieux et le deuxième paradoxe algérien est ce contraste entre la généralisation du voile et une liberté qui bouscule tout. Malgré les coups, les syndicats autonomes, des syndicats libres, ont pris un tel essor qu’ils sont, de fait, tolérés. Les associations se sont tant multipliées que le pouvoir cherche à entraver leur constitution. On dit tout. La presse écrit presque tout et s’arrache. La société s’organise toujours plus à côté d’un « système » qu’elle tolère sans plus rien en attendre et le voile est un élément de ce compromis permanent dans lequel survit l’Algérie.

Tout se passe comme si les femmes ne le portaient que pour composer avec un conservatisme social qui n’a rien à voir avec le djihadisme et pouvoir ainsi vivre leur vie. Exode rural aidant, la religion a reconquis les villes mais elle n’est pas l’islamisme d’hier qui a beaucoup arrondi ses angles et dont le pouvoir a littéralement acheté des pans entiers en offrant à ses repentis des mandats politiques ou les moyens d’ouvrir un commerce.

Au-delà de ses singularités, l’Algérie est à l’image du monde arabe et de ses printemps – pouvoir délégitimé, société en ébullition et profond conservatisme de petites gens peinant à joindre les deux bouts et craignant cette modernité qui a contaminé leurs enfants. Le résultat des élections est connu d’avance. L’abstention l’emportera avec deux tiers ou plus des Algériens qui auront refusé de voter et, quel que soit le pourcentage de votants qu’obtiendront les islamistes, l’Algérie continuera de changer, loin des urnes et de la révolution.

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