Avec plus de 182 millions d’habitants, cette puissance démographique qui élit ses députés demain est également une puissance nucléaire puisqu’elle possède la bombe depuis maintenant quinze ans. Créée par la partition des Indes lorsque les Britanniques s’en sont retirés en 1947, le Pakistan est le fruit d’une aspiration séculaire des musulmans du sous-continent à se doter d’un Etat propre, d’un foyer national qui leur permette d’échapper aux discriminations et persécutions dont les hindouistes majoritaires les faisaient souffrir.

L’identité de ce pays est ainsi religieuse car l’islam est ce qui le fonde alors que ses institutions sont démocratiques parce que ses fondateurs, des intellectuels et des juristes, avaient été profondément marqués par la culture et l’Etat de droit britanniques dans lesquels ils avaient puisé leur volonté d’autonomie. Le Pakistan est en conséquence un pays double, improbable Janus où le droit et les élections demeurent incontournables bien que son histoire ne soit qu’une succession de coups d’Etat militaire, que l’armée y constitue un Etat dans l’Etat et que les partis religieux les plus obscurantistes y soient une puissance que personne ne pourrait ignorer et qui vient de multiplier, dans cette campagne électorale, un nombre impressionnant d’attentats contre les partis et candidats laïcs qui y ont laissé plus de 110 morts.

On ne peut pas définir le Pakistan. On ne peut que décrire ses contradictions, la multiplicité des peuples qui le composent et le poids décisif de ses grandes familles dont les partis politiques sont, avant tout, des filiales chargées de défendre leurs intérêts patrimoniaux. Gauche, droite, oui, cela existe au Pakistan, sauf que la droite est essentiellement traditionnaliste et la gauche occidentaliste et que l’une et l’autre ont des dirigeants extrêmement fortunés, corrupteurs et corrompus, ancrés dans des peuples qui sont leur base tribale et entretenant des relations toujours changeantes avec les islamistes et l’armée.

Non seulement ce pays si fragile et tellement incertain de son avenir qu’il est toujours en guerre rampante avec l’Inde est l’un des plus difficiles au monde à comprendre mais il en est également l’un des foyers de tensions les plus explosifs. Allié de la Chine pour prendre l’Inde à revers, il est aussi celui des Etats-Unis qui s’étaient appuyés sur lui, durant la Guerre froide, pour contrer l’Inde alors prosoviétique et pour chasser, surtout, l’URSS d’Afghanistan en y organisant les milices musulmanes. Pour le Pakistan, l’Afghanistan est une arrière-cour indispensable à son rapport de forces avec l’Inde. C’est pour cela que cet allié des Etats-Unis joue un double jeu permanent avec les taliban, les siens propres et ceux d’Afghanistan, tous liés aux partis islamistes et aux services secrets pakistanais.

Résiliente, la démocratie pakistanaise survit pourtant si bien à tout cela qu’un gouvernement sortant a pour la première fois achevé son mandat et que les électeurs auront demain le choix entre une gauche déclinante, une droite ascendante et un champion de cricket, le sport national, qui voudrait rompre avec un bipartisme suranné. Les résultats se joueront entre la droite et le sportif mais le grand problème restera celui de la place et de l’identité pakistanaises.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.