Werner Faymann, chancelier social-démocrate, et donc la première victime politique de la crise des migrants qui affecte l'Europe depuis un peu plus d'un an.

Anthony Bellanger.

Aujourd'hui, vous vous intéressez à la démission du chancelier autrichien.

Werner Faymann, chancelier social-démocrate, et donc la première victime politique de la crise des migrants qui affecte l'Europe depuis un peu plus d'un an. Je m'explique. M. Faymann a commencé par être un social-démocrate conséquent.

C'est à dire qu'au début de la crise, alors que l'Allemagne ouvrait ses frontières à plus de 800 000 réfugiés, il a fait partie de ceux qui, par tradition politique, ont applaudi à cette générosité et facilité le passage de ces « damnés de la terre ».

Puis, quelques mois plus tard, à la lecture des sondages, il a tourné casaque, durci son discours et rétabli des contrôles aux frontières de l'Autriche, en contravention avec les règles communes de Schengen. Est-ce que ça lui a réussi ?

Non, évidemment : le mois dernier, l'extrême droite autrichienne du FPÖ a remporté haut-la-main le 1er tour de la présidentielle et le chancelier Faymann est hué dans les meetings son parti, le SPÖ. D'où sa démission, c'était donc hier.

C'est toute l'Europe de l'Est qui est affectée politiquement par cette vague de réfugiés...

Effectivement, mois après mois, élection après élection, les discours et les politiques se durcissent, alors même que ces réfugiés n'ont la plupart du temps, aucune intention de s'installer à Prague, Bratislava, Budapest ou Varsovie.

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a expliqué que son pays n'accueillerait que les réfugiés chrétiens. Le Hongrois Orban a qualifié les migrants « de fauteurs de troubles ». Quant à la Pologne, elle refuse le « diktat » de Bruxelles.

Comment comprendre cette hystérie politique ?

C'est là qu'il faut prendre le temps de l'explication. Tous ces pays d'Europe de l'Est, jusqu'à la Bulgarie et la Roumanie ont été martyrisés par le XXème siècle.

Ils sont passés en moins d'un siècle sous trois, voire quatre dominations impériales : L'Autriche-Hongrie et l'Empire Ottoman, l'Allemagne du troisième Reich puis l'Union soviétique.

Autrement dit, lorsque l'Union européenne se comporte comme une puissance impériale, en imposant des quotas de migrants par exemple, le rejet est immédiat, absolu, viscéral. Il faut comprendre si on veut continuer à vivre ensemble.

Mais l'Union européenne, ce sont 28 Etats, il y a un devoir de solidarité...

Oui et non. Contrairement à l'Ouest de l'Europe qui depuis des décennies reçoit et intègre des vagues d'immigrés et de réfugiés – y compris depuis 20 ans l'Europe du Sud – les pays est-européens sont restés à l'écart de ces migrations

98% des Polonais, par exemple, n'ont aucun descendant étranger et 94% d'entre eux sont catholiques. En Slovaquie, le premier ministre Fico se vantait qu'il n'y avait aucune mosquée. En clair, pour éviter le rejet pur et simple de l'Europe, il faut composer.

En clair, c'est à l'Europe de l'Ouest, riche et plus ouverte sur le monde, qu'il revient d'accueillir les migrants et les réfugiés. Et si l'Europe veut survivre, il faut accepter que l'Europe de l'Est passe son tour.

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