Où l'on voit, une fois de plus, que les échiquiers politiques n'ont rien d'immortel.

C’était écrit. Encore plus vite que prévu, l’élection d’Emmanuel Macron et l’irruption d’une nouvelle force politique sur la scène française mettent à l’épreuve l’unité des grands partis de la gauche, de la droite et de l’extrême droite mais, bien au-delà des conséquences qu’il aura sur les législatives de juin, ce séisme n’est pas plus inexplicable que spécifiquement français ou inédit dans l’histoire.

Bien que la droite espagnole du Parti populaire ait finalement repris la main, les grandes formations de droite et de gauche sont à bout de souffle en Espagne, menacées par l’indépendantisme catalan et l’affirmation d’un nouveau centre et d’une gauche de la gauche. Il y a longtemps qu’ont disparu les deux grandes formations qui avaient structuré l’après-guerre italien, le Parti communiste et la démocratie chrétienne. Les Travaillistes britanniques sont minés par leurs divisions, l’indépendantisme écossais et la veste que les prochaines législatives leur promettent.

Sans même parler du Parti communiste français qui n’est plus que l’ombre de lui-même, on pourrait multiplier les exemples de partis qui furent et ne sont plus mais il n’y a pas que cela. Non seulement les formations politiques vivent et meurent comme les hommes ou les cultures mais les thèmes qui divisent gauche et droite évoluent et passent de l’une à l’autre.

Comme ensemble du peuple souverain opposé à la monarchie absolue, la nation fut longtemps à gauche avant d’être récupérée par l’extrême droite qui en a fait, avec le nationalisme, un corps identitaire, voire racial, refusant l’autre et l’étranger. Le centralisme français fut de gauche avant de devenir de droite, d’être combattu par la deuxième gauche et d’atterrir, aujourd’hui, à l’extrême droite qui préfère la force de l’Etat à la réaffirmation des régions.

Le libéralisme fut la gauche et l’est resté aux Etats-Unis avant de passer à droite comme sanctification du marché. Alors même qu’il y a toujours, à toute période et sous toutes les latitudes, un parti de l’ordre et un parti du mouvement, les frontières entre gauche et droite ne cessent, en un mot, d’évoluer et bouger en fonction des périodes, économiques et politiques.

En France et en Europe, ce nouveau blouleversemen tient donc à

deux choses.

La première est que la mondialisation de l’économie et l’internationalisation de la production menacent aujourd’hui tous les compromis sociaux négociés, hier, dans les cadres nationaux. Dès lors que le capital peut aller produire où il veut, les gauches nationales ne peuvent plus défendre et encore moins étendre la protection sociale. C’est la crise de la gauche.

Quant à celle de la droite, elle est issue de la profonde contradiction entre le traditionalisme conservateur de ce courant et son enracinement dans les classes possédantes. Le parti du capital ne peut qu’être favorable à la mondialisation de l’économie alors que celui de l’ordre ne peut qu’être hostile aux bouleversements historiques, sociaux et culturels qu’elle introduit. Encore en gestation, le macronisme est une quête de transcendance de ces deux crises.

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