Des trois hypothèses envisageables, le dérapage incontrôlé n'est pas le moins improbable

Rose, noire ou grise, la suite peut s’écrire de bien des façons. Il se peut, d’abord, que les Européens parviennent à convaincre les Iraniens d’offrir des garanties sur leurs missiles, les crises régionales et les suites à donner, à son échéance, dans sept ans, au compromis nucléaire de 2015. 

C’est le scénario rose car il se pourrait alors que Donald Trump s’attribue le mérite de ces avancées et accepte de revenir sur la décision de retrait qu’il a annoncée mardi soir. Ce scénario, on ne peut pas l’exclure puisque les difficultés économiques de l’Iran peuvent inciter ses dirigeants à une certaine souplesse et que Donald Trump n’a pas forcément envie d’entrer en guerre contre la République islamique au motif qu’elle aurait constaté la fin du compromis de 2015 et relancé son programme nucléaire.

Cette hypothèse peut s’avérer, mais elle n’est pas la plus probable car l’aile dure du régime iranien ne veut pas de nouvelles concessions aux Occidentaux tandis que tout une partie de la droite américaine ambitionne de faire tomber la théocratie iranienne en aggravant ses difficultés intérieures. 

Le deuxième scénario, celui auquel travaille Emmanuel Macron, serait, lui, si totalement neuf qu’il est encore difficile à concevoir. Il se peut qu’une véritable épreuve de forces s’ouvre maintenant entre les Européens et Donald Trump, que la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et toute l’Union européenne refusent ensemble de céder à la prétention américaine de leur interdire tout commerce avec l’Iran, que cette bataille soude les Européens et peut-être même rapproche les Britanniques de l’Union, que les Russes se disent alors qu’ils ont tout intérêt à accentuer cette fracture de l’Alliance atlantique, que la Chine suive le mouvement, que cela conduise les Iraniens à donner de vraies garanties aux Européens et qu’il en sorte une nouvelle scène internationale dont l’Union européenne deviendrait alors un acteur essentiel. 

Si enthousiasmant qu’il puisse paraître pour l’Europe – et il le serait – c’est le scénario gris car Donald Trump aurait alors réussi à casser l’Alliance atlantique, c’est-à-dire, au-delà des présidents du moment, le front des démocraties occidentales.  

Et puis reste le scénario noir qui n’est pas le moins improbable, comme on commence à le voir.  Il y a des dirigeants iraniens pour penser que c’est le moment de ne rien céder car ce Trump ne voudra pas aller jusqu’à un conflit. Il y a des dirigeants israéliens pour penser que le régime iranien est trop faible pour une épreuve de force et que c’est le moment de lui appuyer sur la tête. Il y a toute l’Arabie saoudite et tous les régimes sunnites derrière elle pour penser la même chose et tout cela offre, on l’a vu cette nuit, toutes les occasions possibles d’un dérapage généralisé aux conséquences imprévisibles.     

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.