Depuis début mai, les bombardements russes se multiplient sur l’enclave d’Idlib, aux mains de combattants djihadistes, mais dans laquelle vivent quelque 3 millions de civils dont une partie réfugiée de la guerre.

Un enfant sur un tas de ruines dans le village de Rabaa Jour, dans l’enclave d’Idlib, bombardée par l’aviation russe le 6 mai.
Un enfant sur un tas de ruines dans le village de Rabaa Jour, dans l’enclave d’Idlib, bombardée par l’aviation russe le 6 mai. © AFP / OMAR HAJ KADOUR / AFP

Depuis une dizaine de jours, les bombardements russes se multiplient sur l’enclave d’Idlib, aux mains de combattants djihadistes mais dans laquelle vivent quelque 3 millions de personnes dont une partie réfugiée de la guerre.

Les images qui nous parviennent d’Idlib, la dernière enclave qui échappe encore à l’armée de Bachar el-Assad, sont proprement terrifiantes. Des barrages intensifs d’artillerie ou de bombardements aériens russes qui frappent sans distinction de cible, comme ça avait été le cas lors de batailles précédentes, à Alep ou ailleurs.

Selon un collectif d’organisations humanitaires, 13 hôpitaux ou centres de santé ont été atteints depuis que les bombardements ont commencé début mai. Des dizaines de civils ont été tués, et plusieurs dizaines de milliers de réfugiés tentent de fuir cet enfer, qui pourrait être le prélude à une reconquête terrestre.

L'enclave d'Idlib (ou Idleb selon les prononciations)
L'enclave d'Idlib (ou Idleb selon les prononciations) © AFP / Valentina BRESCHI, Sophie RAMIS, Thomas SAINT-CRICQ / AFP

Idlib a une situation très particulière : c’est là qu’à chaque bataille précédente, les combattants irréductibles ont été autorisés à se rendre, ainsi qu’une cohorte de réfugiés dont un million dépend encore de l’aide humanitaire. Or cette fois, ils n’ont nulle part où aller. 

Depuis des mois que dure le siège d’Idlib, ce sont les plus durs, des combattants djihadistes autrefois affiliés à Al Qaida, qui ont pris le contrôle de l’enclave, noyés au milieu de trois millions de civils.

En septembre dernier, une offensive russo-syrienne semblait imminente, mais fut stoppée pour privilégier un dialogue avec la Turquie voisine. Un processus de démilitarisation devait suivre, mais Damas estime aujourd’hui qu’il a échoué.

La grande inconnue est l’attitude de la Turquie qui, pour l’heure, garde le silence. Elle a des soldats dans la région, une relation de plus en plus nourrie avec la Russie qui doit lui livrer cet été des batteries de missiles ; et elle a surtout un objectif prioritaire : bloquer les Kurdes du nord-est de la Syrie. On ignore quels accords de coulisse ont pu être conclus, dans le cadre d’un jeu cynique de puissances régionales.

Une fois de plus dans cette guerre qui dure depuis huit ans, les grandes victimes seront les civils syriens, bombardés, terrorisés, ou n’ayant une nouvelle fois que le choix du départ ; Exode vers la Turquie qui abrite déjà trois millions et demi de réfugiés, et au-delà, une Europe qui s’est barricadée.

Et dans ce fracas, on n’entend pas la communauté internationale… En fait, les Nations Unies sont paralysées par le véto russe et, depuis le renoncement américain à intervenir en 2013, Vladimir Poutine a les mains libres.

Si on élargit le tableau, on se rend compte qu’au Moyen Orient, en ce moment, les deux ex-Superpuissances que sont les États-Unis et la Russie, mènent chacune, de manière unilatérale, des coups de force appuyés par leur appareil militaire. Les États-Unis sont en train d’étrangler l’Iran avec des sanctions imposées au reste du monde, et en envoyant une armada. La Russie, on l’a vu, a repris ses bombardements aveugles au profit de son allié Assad dont elle a sauvé le pouvoir.

L’un comme l’autre s’est affranchi des règles internationales, renvoyant les Nations Unies à un rôle décoratif, tout juste humanitaire, après la bataille. La Syrie est le cimetière des illusions sur l’idée même de communauté internationale.

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