Des incidents d’une violencesans précédent depuis des années, se sont produis ces derniers jours à Jérusalem-Est, alors que des groupes extrémistes israéliens tentent d’expulser des familles palestiniennes de leurs maisons. La question palestinienne n'a pas disparu malgré les Accordss d'Israël avec le monde arabe.

Manifestant palestinien devant la Porte de Damas, l’entrée de la vieille ville de Jérusalem où se sont déroulés de violents incidents ces derniers jours, faisant des dizaines de blessés.
Manifestant palestinien devant la Porte de Damas, l’entrée de la vieille ville de Jérusalem où se sont déroulés de violents incidents ces derniers jours, faisant des dizaines de blessés. © AFP / EMMANUEL DUNAND / AFP

Tous les ingrédients des violents affrontements auxquels on assiste à Jérusalem-Est sont connus depuis des décennies. Et puisqu’on commémore aujourd’hui l’élection de François Mitterrand il y a quarante ans, je voudrais citer une phrase de son discours prononcé à la Knesset, le parlement israélien, en mars 1982, et qui fit date pour sa prise de position en faveur d’un État palestinien. François Mitterrand ajoutait, sur le ton du conseil amical : « Nul doute qu'il y a problème, et que, non résolu, il pèsera d'un poids tragique et durable sur cette région du monde ».

Les problèmes de cette région n’ont pas été résolus depuis, et, si certains font comme s’ils n’existaient plus, ils se rappellent régulièrement au souvenir du monde. Et au centre, il y a Jérusalem, le lieu de toutes les crises, politique, religieuse, territoriale, identitaire, économique ; le tout sur quelques kilomètres carrés qui puisent leurs racines dans la nuit des temps.

L’explosion de violence des derniers jours, d’une ampleur que l’on n’avait pas connue depuis les intifadas des années 80 et 2000, entremêle tous ces éléments. Avec ses habituels pyromanes qui se nourrissent des crises et des conflits.

Ces incidents nous montrent d’abord que le statu quo est fragile, et que ceux qui font l’analyse de la perte de « centralité » de la question palestinienne dans les relations entre Israël et le monde arabe, se trompent s’ils pensent que celle-ci disparaît pour autant.

Ce qui est en cause ici, c’est le caractère palestinien de Jérusalem-Est, considéré comme un « territoire occupé » par la résolution 242 des Nations Unies, mais annexé par Israël après la guerre de 1967. Un quart de million de Palestiniens y vivent, et cette explosion de violence est en réaction au grignotage du quartier historique de Sheikh Jarrah par un groupe israélien aux fortes arrière-pensées idéologiques. Ils tentent de récupérer des maisons occupées avant 1948 par des Juifs, au nom d’une loi qui ne prévoit aucune réciprocité : les Palestiniens expulsés de Jérusalem-Ouest en 1948 n’ont aucun droit.

La Cour suprême israélienne devait donner aujourd’hui son avis sur une tentative légale d’expulsion de quelque 13 familles palestiniennes de Sheikh Jarrah, une décision reportée à cause des violences des derniers jours.

Mais ce n’est pas la seule cause de tension, c’est seulement le détonateur ; mais les sujets de friction sont nombreux. En plein Ramadan, il y a bien sûr l’accès à la mosquée Al Aqsa et au Dôme du Rocher, lieux saints de l’islam, où de violents incidents se sont produits vendredi, y compris à l'intérieur de la mosquée où les garde-frontières israéliens ont fait exploser des grenades assourdissantes. Et il y a la pression constante des autorités israéliennes pour séparer l’enjeu de Jérusalem du reste de la question palestinienne.

Il existe des forces politique d’extrême-droite en Israël, désormais liées à Benyamin Netanyahou, qui veulent chasser les Palestiniens de Jérusalem. Le mois dernier, on a pu assister à de véritables chasses à l’homme menées par des extrémistes religieux israéliens, en toute impunité. De nouveaux défilés sont prévus aujourd’hui à l'occasion de la "Journée de Jérusalem", et on peut redouter de nouveaux incidents.

Côté Palestinien, le Président Mahmoud Abbas y trouve lui aussi son compte, en prolongeant éternellement son mandat faute de pouvoir organiser des élections à Jérusalem-Est. La démocratie s’en trouve mise à mal.

Au-delà de ces incidents, c’est, une fois de plus, le statut des Palestiniens en l’absence d’État qui est posée, et cette question lancinante d’un « apartheid » rendu inévitable par l’absence de solution. C’est le message des violences de Jérusalem que personne ne veut entendre.

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