C’est J-7. Dans sept jours, lundi prochain, expire l’ultimatum que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fixé à l’Irak. A moins que Saddam Hussein ne s’exile, ne démissionne, comme le lui demande la Turquie ou ne soit assassiné, la guerre commence dans une semaine mais, l’autre guerre, celle qui oppose partisans et adversaires de la politique américaine, fait déjà rage. Pendus au téléphone, depuis deux jours Jacques Chirac, Georges Bush et toutes les grands de la politique internationale font la chasse aux voix, à ces voix qui donneront ou refuseront une majorité aux Etats-Unis, et tous ont trois certitudes en tête. La première est que l’Amérique, avec ou sans aval de l’Onu, partira en guerre. La seconde, que la France, la Russie et, probablement la Chine, mettront leur veto à l’éventuelle adoption du projet de résolution qui légaliserait cette offensive. En tout état de cause, et c’est la troisième certitude, les Etats-Unis ne pourront pas se prévaloir d’un feu vert de l’Onu dont l’autorité sera ainsi violée par la première puissance du monde, son premier bailleur de fonds. Les Nations-Unies sont entre vie et mort mais, tandis que les Américains, et Tony Blair surtout, voudraient pouvoir dire que, sans le veto, ils avaient la majorité du Conseil de sécurité pour eux, Français et Russes préféreraient, pour leur part, ne pas avoir à bloquer une décision majoritaire - même si les Etats-Unis l’ont obtenue à l’arraché, mêlant promesses de crédit et menaces de rétorsion. C’est la guerre avant la guerre. D’un côté, les Etats-Unis tordent le bras à Pervez Musharaff, le président pakistanais, un homme qui ne tient plus que par leur soutien mais qui pourrait, en même temps, précipiter sa chute en leur donnant sa voix. Si Pervez Musharaff était renversé, les armes atomiques pakistanaises pourraient alors échapper à tout contrôle. Les Etats-Unis jouent là avec le feu mais ils n’hésitent pas à le faire car chaque voix comptera, il leur en faut neuf, que le Chili continue de leur résister et que, tant que le Chili tiendra, le Mexique a des chances de ne pas céder malgré les promesses de régularisation de ses émigrés vivant clandestinement aux Etats-Unis. La France, de son côté, travaille au corps les trois pays africains siégeant au Conseil, l’Angola, la Guinée et le Cameroun où Dominique de Villepin est attendu aujourd’hui. Pendant ce temps là, Tony Blair, menacé d’une révolte aux Communes et d’une vague de démissions ministérielles, supplie les Français de renoncer à leur veto car il craint de se retrouver en tête-à-tête avec les Etats-Unis, incapable autrement dit de peser seul sur leurs décisions. Et puis il y a l’avenir. Français, Russes, Allemands et Chinois souhaiteraient que les Chefs d’Etat et de gouvernement du Conseil de sécurité s’y rendent pour ce vote afin de marquer l’importance qu’ils accordent tous à l’Onu, au-delà de leur désaccord sur l’Irak. Pour l’instant, Georges Bush refuse de se joindre à eux. Doivent-ils y aller malgré tout, au risque de souligner la coupure entre les grandes puissances ? Doivent-ils tenter, à défaut, d’organiser un sommet après le Conseil de sécurité ? On se téléphone. Le débat n’est pas tranché. Le monde déraille.

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