La présidentielle américaine n’aura lieu que dans huit mois. C’est long, huit mois. Cela fait les deux tiers de l’année qui s’est écoulée depuis le début de la guerre d’Irak. En un tel laps de temps, bien des choses changent mais Georges Bush n’en a pas moins de raisons de s’inquiéter pour sa réélection. Coup sur coup, deux sondages, l’un pour CNN et USA Today, l’autre pour ABC et le Washington Post, le placent derrière son futur adversaire démocrate, John Kerry, de cinq points dans un cas, de huit dans l’autre. C’est une marge importante, d’autant plus préoccupante pour le Président sortant qu’il a maintenant commencé sa campagne télévisée, massive, agressive, et que 57% des Américains veulent élire un homme qui donnent une nouvelle direction à l’Amérique contre 41% seulement qui souhaitent voir maintenir le cours actuel. L’électorat ressent un désir de changement et ce n’est pas là une saute d’humeur. Seuls 46% des Américains approuvent Georges Bush sur sa conduite de la guerre d’Irak, 39% sur l’économie et 30% sur le creusement du déficit qui fait de ce Président le plus dépensier que les Etats-Unis aient connu depuis Lyndon Johnson, en pleine guerre du Vietnam, à l’apogée des systèmes de protection sociale, à une époque, surtout, où l’exigence d’équilibre des finances de l’Etat était beaucoup moins forte qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il n’y a plus désormais qu’un domaine, la lutte contre le terrorisme, où Georges Bush continue de bénéficier d’un soutien clairement majoritaire (60% d’approbation) mais sur la santé, les retraites, l’éducation, sur tout ce qui touche à leur vie personnelle et quotidienne, les Américains feraient plus confiance à John Kerry qu’à Georges Bush. L’un dans l’autre, le tableau est si mauvais pour lui qu’un des éditorialistes conservateurs les plus en vue de Washington, Robert Novak, n’a pas hésité à diagnostiquer un « malaise » parmi les élus Républicains. Le représentant de la Floride, Tom Feeney, parle même d’un « anxiété » car si l’adhésion des électeurs républicains à Georges Bush est très forte - c’est leur candidat, totalement, sans hésitation - les conservateurs américains sont profondément choqués par le creusement du déficit tandis que les deux tiers des électeurs considèrent que le premier souci économique du Président est de protéger les intérêts de la grande industrie. John Kerry a là un boulevard devant lui car le fait est que les réductions d’impôt ont beaucoup plus profité à la minorité la plus riche qu’aux classes moyennes et aux cols bleus et que, plus grave encore, la reprise de la croissance s’est faite sans création d’emplois, autrement dit sans réduction du chômage. Dans son affrontement à venir avec John Kerry, Georges Bush part avec une image de Président des riches. Ce n’est pas un atout et si l’on ajoute à cela que la situation irakienne n’a pas de raison de s’améliorer dans les mois à venir, le seul véritable espoir du candidat républicain est une arrestation d’Oussama Ben Laden. Elle est possible mais outre qu’elle n’est pas certaine, il n’est pas sûr qu’elle redonnerait durablement l’avantage à Georges Bush.

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