Pour la Maison-Blanche, c’est une situation sans issue. D’un côté Dubaï, l’un des micro-Etats du Golfe composant les Emirats arabes unis, est un fidèle allié des Etats-Unis et, de surcroît, une mine d’or pour les grandes sociétés américaines qui y vendent et y investissent à tour de bras. Sauf à compromettre, à la fois, les affaires et la diplomatie américaines dans tout le Golfe, il n’y a donc aucune raison de s’opposer à ce qu’une compagnie de cet émirat prenne le contrôle de six des ports des Etats-Unis dont la gestion lui a été cédée par une société britannique qui les gérait jusqu’à présent. Ce n’est qu’une opération parmi d’autres, privée, un banal effet de la libéralisation des échanges et de la mondialisation économique dont les dirigeants américains sont de si ardents avocats. D’un autre côté, pourtant, il s’agit - excusez du peu - des ports de New York, Baltimore, Philadelphie, Newark, La Nouvelle-Orléans et Miami, de poumons de l’économie américaine et de noms chargés d’Histoire et, à l’annonce de cette transaction, les Américains ont eu un choc. Des Arabes ! Nos ports ! Une compagnie d’un pays dont étaient originaires deux des auteurs des attentats du 11 septembre ! Les sondages ont reflété cette émotion et, eux-mêmes choqués, les parlementaires n’ont pas tardé à voir les implications politiques de cette prise de contrôle. A l’approche des élections parlementaires de novembre prochain, les Démocrates ont compris qu’ils avaient là une occasion inespérée d’attaquer Georges Bush sur la sécurité, sur le seul point fort qui lui reste dans l’opinion. Hilary Clinton, future candidate à l’investiture démocrate pour 2008, a pris la tête de cette campagne, l’a décuplée par sa notoriété, et les Républicains ont surenchéri. Alors qu’ils craignent déjà tant que l’impopularité du président et le chaos irakien leur coûtent leurs sièges et leur majorité en novembre, il n’était pas question, pour eux, de laisser les Démocrates surfer sur cette vague. Ils sont entrés en rébellion contre la Maison-Blanche, se sont démarqués de Georges Bush, et une commission de la Chambre des Représentants - de la Chambre où la majorité républicaine est encore plus forte qu’au Sénat - a voté mercredi, par 62 voix contre 2, une disposition interdisant cette transaction. L’ensemble du Congrès est parti pour suivre. En compétition avec Airbus pour le renouvellement de la flotte des Emirats, Boeing se sent poignardé dans le dos. Les grands de l’industrie américaine s’arrachent les cheveux. Le département d’Etat également. Georges Bush menace d’user de son droit de veto mais son embarras est évident car, non seulement il y aurait probablement assez de voix au Congrès pour passer outre, mais l’interdiction de la transaction a été attachée à un projet de la loi débloquant 90 milliards de dollars pour l’Irak, l’Afghanistan et les victimes de la Nouvelle-Orléans. Il est difficile pour la Maison-Blanche de bloquer une telle loi et de braver, en même temps, le Congrès et l’opinion.

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