La cause était entendue. Avec, depuis deux ans, une avance de plus de dix points dans les sondages, les conservateurs britanniques devaient l’emporter aux prochaines élections qui auront lieu d’ici l’été, vraisemblablement début mai. Au pouvoir depuis 1997, les travaillistes en étaient eux-mêmes si convaincus que, tout récemment encore, ils annonçaient leur défaite comme un fait acquis à leurs camarades de la social-démocratie européenne mais, depuis un mois, patatras, tout change en Grande-Bretagne. Depuis un mois, les uns après les autres, les sondages enregistrent une baisse constante des intentions de vote en faveur des conservateurs dont l’avance est repassée au-dessous de la barre des 10%. Ils n’auraient plus que cinq points d’avance sur les travaillistes, selon le Sun ; sept, selon le Daily Express ou même seulement deux selon le Mail on Sunday. Les instituts britanniques ont une longue histoire d’erreurs spectaculaires derrière eux mais la tendance est là et s’il y a un point sur lequel les sondeurs convergent, c’est la montée en puissance du troisième parti, les libéraux-démocrates, un Modem local qui pourrait recueillir quelques 16% des suffrages et empêcher ainsi l’une et l’autre des deux grandes formations de gouverner seule. La gauche, en un mot, n’est toujours pas partie pour une reconduction, mais la victoire pourrait bien échapper à la droite, ce qui créerait une situation difficile, dont la Livre se ressent déjà, car la tradition britannique n’est pas du tout aux gouvernements de coalition. Il est toujours risqué d’expliquer ce qui ne s’est pas déjà produit mais ce flottement – le mot est prudent – n’est pas vraiment surprenant. Un temps, les travaillistes semblaient condamnés à la fois par l’usure du pouvoir et les séquelles du soutien tellement actif que Tony Blair avait apporté à l’aventure irakienne. Entre le simple désir d’alternance et les déceptions de la gauche de la gauche, un boulevard s’était ouvert aux conservateurs, d’autant plus large qu’ils s’étaient trouvé un jeune chef de file, David Cameron, qui avait le triple avantage d’être un homme totalement neuf et pas un revenant de la préhistoire conservatrice, d’incarner le gendre parfait et de plaider, en même temps, pour plus de justice sociale et encore plus de libéralisme économique, idéologie dominante et incontestée en Grande-Bretagne depuis que les travaillistes s’y étaient convertis après les années Thatcher. De surcroît bien né, cet homme semblait façonné pour la relève mais vint le krach de Wall Street, la mise en question des dogmes libéraux et la célérité avec laquelle Gordon Brown, successeur travailliste de Tony Blair, a su y réagir. Brûlant tout ce qu’il avait adoré, Gordon Brown a nationalisé des banques, largement inspiré l’interventionnisme régulateur auquel l’Union européenne a recouru durant l’hiver 2009 et s’est ainsi réimposé en homme d’expérience, pragmatique, revenu aux fondamentaux de la gauche et sur lequel son pays pouvait compter. D’un coup, David Cameron en a semblé léger, moins à la hauteur et plus gosse de riches. La donne a changé. On va voir…

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