Furieusement débattu, le problème est pourtant simple. Il s’agit d’interdire le ciel libyen à l’aviation du colonel Kadhafi afin, d’une part, de l’empêcher de faire bombarder son propre peuple et, de l’autre, de l’intimider en affichant un soutien aux insurgés en lutte contre sa dictature. Militairement parlant, ce n’est pas une grande affaire puisque l’armée libyenne n’aurait que des missiles sol-air et une vingtaine d’avions de chasse à opposer à cette opération qui s’impose d’un point de vue moral et ne pose pas de problèmes politiques majeurs puisque la Ligue arabe, l’Organisation de la conférence islamique et l’Union Africaine en soutiennent le principe. Normalement, la décision devrait être déjà prise et l’opération lancée mais non ! Peut-être, sans doute, y viendra-t-on mais ça tousse de partout, renâcle, traine les pieds et les raisons de ces atermoiements disent les craintes, les arrière-pensées et les faiblesses de ce qu’on appelle les grandes puissances. Après avoir si vite et fortement soutenu les soulèvements tunisien puis égyptien, les Etats-Unis se font plus que prier parce qu’ils voudraient avoir anéanti toute possibilité de riposte libyenne avant d’intervenir, qu’ils considèrent donc que cette exclusion aérienne serait une guerre et qu’ils ne veulent pas d’un nouveau conflit alors qu’ils restent engagés en Irak et ne savent plus comment sortir d’Afghanistan. Tant qu’il ne s’agissait que d’un soutien politique au printemps arabe, ils étaient aux avant-postes mais, pour ce qui est d’un soutien militaire, le Pentagone et la Maison-Blanche sont sous la table. Quant aux Européens, directement intéressés à ce que la Libye ne sombre pas dans un chaos sanglant, ils mesurent, là, l’aveuglement qu’il y eut à faire reposer leur Défense sur les Etats-Unis. Sans l’appui de l’armada américaine, ils se trouvent un peu frêles pour la tâche et, quand bien même se décideraient-ils à se lancer seuls dans cette opération qu’ils pourraient mener en additionnant leurs forces, ils se heurteraient à un double problème. Non seulement il n’y a toujours pas de Défense européenne digne de ce nom, non seulement ils n’ont pas de commandement commun, mais ils ne veulent à raison pas envisager une opération unilatérale. Ils veulent que cette interdiction du ciel libyen se fasse sous mandat du Conseil de sécurité des Nations-Unies et, pour cela, il faut encore vaincre la résistance de la Chine et de la Russie qui ne sont guère enthousiasmées – on comprend pourquoi – par l’idée que l’Onu se mêle de défendre la liberté. Dans un étrange retour de temps révolus, ce sont ainsi les superpuissances d’avant la Première guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne, qui sont seules à vraiment pousser à la roue car leur mémoire historique leur fait voir l’ampleur de l’enjeu. L’Union européenne pourrait au moins en tirer fierté mais elle ne peut pas même le faire car elle est collectivement abaissée et humiliée par le chef de sa diplomatie, Mme Ashton, qui ne sait qu’avoir peur de son ombre et se refuse à proposer quoi que ce soit d’autre aux 27 que de décider sans elle. Alors, question : que se passerait-il si un problème de sécurité d’une autre taille que celui-ci se posait, un jour, à l’Europe et au monde ?

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