Le 1er novembre 2006, Alexandre Litvinenko prenait le thé à Londres avec deux de ses anciens collègues du FSB, les services russes, qui avaient souhaité qu’il les aide à développer une entreprise de sécurité.

Passé à l’opposition après avoir accusé le Kremlin et Vladimir Poutine de corruption et manipulations policières, Alexandre Litvinenko est alors réfugié en Grande-Bretagne où il s’est lié d’amitié avec des indépendantistes tchétchènes et l’éminence grise de l’ancien président Eltsine, Boris Berezovsky, lui aussi en délicatesses avec Vladimir Poutine et dont la mort, en 2013, reste jusqu’à présent mystérieuse.

Sitôt après cette tasse de thé, Alexandre Litvinenko est pris de si violentes douleurs qu’il est rapidement hospitalisé et mourra, trois semaines plus tard, de ce qui s’avérera un empoisonnement au polonium, substance radioactive extrêmement toxique et très difficilement décelable. La Justice britannique tient ses deux anciens collègues du FSB, Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtoune, pour responsables de son assassinat mais la Russie a toujours refusé de les extrader pour qu’ils soient jugés et qui Vladimir Poutine a-t-il décoré, hier, pour « services rendus à la nation » ?

Réponse : Andreï Lougovoï, l’un des deux suspects de ce meurtre aujourd’hui devenu député russe. Le moins qu’on puisse dire est que Vladimir Poutine ne craint pas le qu’en-dira-t-on. On peut également voir là une marque de fidélité à ses subordonnés qui est d’autant plus éclatante que le président russe a également décoré, dans la foulée, Ramzan Kadyrov, l’homme qu’il a placé à la tête de la Tchétchénie après en avoir brisé les velléités indépendantistes et qui dirige depuis cette République avec une brutalité inouïe et un très grand sens des affaires.

Homme lige de Vladimir Poutine, Ramzan Kadyrov avait tout titre à recevoir cette distinction mais elle retient pourtant l'attention car.. Car Zaour Dadaïev, le seul des cinq accusés du meurtre de Boris Nemtsov à avoir reconnu sa participation à ce crime, a servi dix ans dans une unité des forces spéciales tchétchènes. Cela n’a rien de caché. C'est, au contraire, reconnu et Zaour Dadaïev, meurtrier présumé de l’ancien vice Premier ministre devenu opposant à Vladimir Poutine est autrement dit un ancien subordonné de Ramzan Kadyrov, un homme de ses basses œuvres.

Dix jours après cet assassinat sous les murs du Kremlin, ce ne devrait pas être une chose sur laquelle braquer les projecteurs mais Vladimir Poutine n’a décidément pas peur du qu’en-dira-t-on et son ami Kadyrov encore moins. Après avoir fait, dimanche, de Dadaïev un musulman pieux et choqué par les caricatures de Charlie Hebdo qu’aurait approuvées Boris Nemtsov, le président tchétchène l’a salué, hier, en « vrai patriote russe » et soldat « des plus courageux et méritants ». Comment dire ?

Simplement que cela laisse sans voix, ce qui est le but de ces décorations - que c’est simplement glaçant.

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