Comment le dire ? Comment dire que la prochaine mort d’un homme – fût-il une figure politique contradictoire et controversée – est peut-être en train de changer la donne proche-orientale, de redonner place à l’espoir en rouvrant une possibilité de relance du processus de paix israélo-palestinien ? Il n’est pas facile de le dire mais c’est un fait car tout se passe comme si chacun voyait là une chance de sortir de l’impasse et voulait la saisir. Loin de se diviser, d’abord, les dirigeants et les mouvements palestiniens se gardent de toute surenchère, se coordonnent, s’effacent devant les deux hommes, Ahmad Qoreï, le Premier ministre, et Mahmoud Abbas, le numéro 2 de l’OLP, qui ne sont pas seulement en situation de gérer la transition et, éventuellement, de briguer la succession présidentielle mais aussi des modérés à même de renouer un dialogue avec Israël et, surtout, avec la Maison-Blanche. Cette unité a d’ores et déjà permis, deuxième signe positif, que s’ouvrent de discrètes négociations entre Israéliens et Palestiniens qui avaient abouti, hier, à un compromis sur le lieu d’inhumation de Yasser Arafat. Ce ne sera ni Gaza, le choix des Israéliens, ni Jérusalem, celui des Palestiniens, autrement dit ni la bande de terre qu’Ariel Sharon s’apprête à évacuer unilatéralement ni la capitale, la ville de toutes les passions, que se disputent les deux peuples. Ce sera Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne, de cet Etat en devenir dont les Israéliens reconnaissent par là non seulement la légitimité mais aussi ses droits sur la Cisjordanie. C’est un compromis mais sa valeur symbolique a d’autant plus d’importance que les Etats-Unis, troisième signe positif, ont beaucoup rappelé, depuis deux jours, leur volonté de voir coexister deux Etats aux frontières sûres et reconnues, la Palestine et Israël. Le moins qu’on puisse dire est que cette volonté s’était peu manifestée sous le premier mandat de Georges Bush mais, maintenant que le Président américain aura d’autres interlocuteurs que Yasser Arafat dont il ne voulait plus entendre parler, les choses pourraient effectivement changer. Si les Palestiniens savent maintenir leur actuelle unité, Georges Bush pourrait bien, en fait, être soulagé de pouvoir utiliser ce moment car il aurait, à tous points de vue, besoin de se repositionner en arbitre de ce conflit. Cela l’aiderait à retrouver la confiance des capitales arabes et du monde musulman. Cela lui permettrait de contribuer à une réélection de son plus proche allié, Tony Blair qui arrive demain à Washington pour le presser d’accorder la priorité des priorités au processus de paix israélo-palestinien car il lui faut désespérément montrer qu’il peut avoir une influence sur la Maison-Blanche. Cela pourrait redonner un vrai terrain d’entente, et d’action commune, aux Etats-Unis et à l’ensemble de l’Europe. Georges Bush pourrait, en un mot, trouver là la possibilité de retrouver le soutien international qui lui est nécessaire pour se sortir du bourbier irakien. Tout cela ne fait qu’un espoir en pointillés, fait de « peut-être » et de « si », mais, tout de même, un espoir.

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