Cette épreuve de force dont il est sorti perdant, Tony Blair l’avait souhaitée. Sentant venir de rudes batailles sur ses projets de réformes de l’éducation et de la santé, il s’était dit que le soutien de l’opinion publique à son projet de loi antiterroriste lui permettrait de l’imposer aux contestataires travaillistes, qu’une victoire était jouable et qu’elle le remettrait en selle. Tout indiquait que les voix lui manqueraient pour faire passer la durée de la détention préventive de 14 jours à 90 dans les affaires terroristes. Attentats ou pas, trois mois de détention sans inculpation, sur simple décision policière, c’était trop pour la Grande-Bretagne de l’Habeas corpus et un parti travailliste attaché aux libertés mais, parce qu’il avait besoin de gagner, Tony Blair a ignoré les pointages. Alors que son ministre de l’Intérieur cherchait un compromis avec le Parlement, il a raidi sa position, accusé les contestataires de mollir devant les menaces pesant sur le pays et déclaré qu’il préférait perdre en ayant raison que gagner en ayant tort. Son intervention aux Communes a été passionnée, aussi éblouissante que toujours d’éloquence mais, non, un député travailliste sur dix ne l’a pas suivi et il lui a manqué 31 voix pour l’emporter. Cela ne l’oblige en rien à démissionner. Ce n’était pas un vote de confiance mais, pour un homme qui a toujours dit qu’il se retirerait avant la fin de ce troisième mandat afin de laisser un autre conduire les travaillistes aux prochaines élections, le coup est rude. En coulisses, son ministre des Finances et grand rival, Gordon Brown, piaffe d’impatience. Il est de plus en plus difficile à Tony Blair - et cela se voit depuis hier - de contrôler un parti divisé entre une gauche, une droite, des europhobes et des europhiles, des partisans et des adversaires de la guerre d’Irak. La blessure, en un mot, est grave et, au-delà de la scène intérieure britannique, cela signifie trois choses. La première est que ce premier ministre aura sans doute beaucoup plus de mal qu’il ne le pensait à faire accepter par ses amis et son pays les concessions financières qu’il envisageait pour parvenir à un compromis sur le budget européen. L’Europe risque d’être la première victime de ce vote des Communes car elle n’avait évidemment pas besoin de cela dans la crise ouverte par l’échec de son projet de Constitution. La deuxième conséquence de ce vote est que la scène politique européenne devient un peu plus confuse encore car cet affaiblissement de Tony Blair s’ajoute aux crises françaises, à la fin de règne de Silvio Berlusconi, à la constitution, en Pologne, d’un gouvernement minoritaire soutenu par l’extrême droite et aux difficultés de mise en place de la Grande coalition allemande. Rien de tout cela n’aidera l’Europe à monter en puissance sur la scène internationale à un moment où la Maison-Blanche s’enfonce dans les échecs et les scandales. Rien de toute cela n’est réjouissant sauf la vigueur avec laquelle le Congrès américain et les Communes britanniques défendent les fondements de la démocratie en s’opposant l’un à la torture, les autres à l’aberration d’une garde à vue de trois mois.

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