Pourront-ils œuvrer ensemble à une sortie de crise irakienne ? Maintenant que Georges Bush a reconnu que c’était à cette guerre qu’il devait, comme il dit, la « raclée » que les électeurs lui ont infligée, maintenant qu’il s’est séparé de Donald Rumsfeld et que les Démocrates se sont adjugés le Sénat, en plus de la Chambre. C’est évidemment la grande question – celle dont dépend la stabilité du Proche-Orient et du monde. Sur le papier, ce n’est pas impossible. Théoriquement parlant, c’est même tout à fait possible et cela pour trois raisons. La première est que Georges Bush est dans une telle impasse à Bagdad que tout lui commande de chercher l’appui du nouveau Congrès, que son intérêt est de mettre les Démocrates face à leurs responsabilités et qu’il a admis ces deux réalités en se déclarant « ouvert à toutes les idées et toutes les propositions » de la nouvelle majorité. La deuxième raison qui pousse à une coopération de Georges Bush et des Démocrates sur ce dossier est que le Congrès n’a pas les moyens constitutionnels de prendre en charge la politique étrangère du pays et que la situation est si grave que personne ne pourrait se risquer à jouer le blocage. Quant à la troisième raison elle est qu’on croit déjà voir une convergence entre les idées esquissées, hier, par Nancy Pelosi, le futur « speaker » de la Chambre - sa présidente en français - et celles qui sont prêtées au Groupe d’études sur l’Irak, l’équipe de réflexion dont est membre le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates, et que préside James Baker, l’homme de confiance de la famille Bush. Les uns comme les autres préconisent en effet un début de rappel des troupes américaines et l’ouverture d’un dialogue avec les pays de la région, autrement dit avec l’Iran. Les bases d’une coopération existent mais le problème est qu’il n’est pas sûr qu’elle suffise tant les difficultés sont nombreuses. La première est qu’autant il est certain que le régime iranien aspire à devenir un interlocuteur privilégié des Etats-Unis dans la région, autant il n’est pas du tout sûr qu’il veuille se hâter d’aller vers un compromis et ne préfère pas attendre que l’Amérique ne s’embourbe un peu plus. La deuxième est que tout rapprochement américano-iranien serait vu d’un très mauvais œil par les régimes sunnites dont l’Iran chiite est devenu le premier adversaire. La troisième est que l’éclatement de l’Irak est déjà très avancé, qu’on ne voit plus très bien ce qui pourrait arrêter sa guerre civile et moins encore sur quels arrangements son unité pourrait se refonder. Des pistes existent mais toutes sont semées d’embûches et, quatrième difficulté, non la moindre, l’échec américain en Irak, le revers subi cet été par Israël devant le Hezbollah et la poursuite du conflit israélo-palestinien nourrissent une radicalisation croissante du monde arabo-musulman. Ce n’est pas sur une mer déchaînée que les changements de cap sont le plus aisé.

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