Le plus grand danger pour l’Europe n’est peut-être pas celui qu’on voit. Plus haletante que jamais, la crise de la dette publique met à l’épreuve la crédibilité de la monnaie unique mais, l’un dans l’autre, elle a ses effets bénéfiques puisqu’elle amène les pays de la zone euro à affirmer une solidarité financière que les traités avaient pourtant proscrite dans la crainte qu’elle n’ouvre la voie au laxisme budgétaire de trop d’Etats.

Traités ou pas, la dette publique s’est emballée. C’est la crise mais, en en tirant les leçons avant même de l’avoir résolue, beaucoup des dirigeants européens, toujours plus nombreux, envisagent maintenant des changements institutionnels d’envergure qui pourraient, à terme, précipiter l’Union dans une crise politique structurelle autrement plus grave et menaçante pour l’Europe que ses difficultés financières du moment.

Après s’être résolu à la solidarité pour éviter un crash irrémédiable, ils voudraient institutionnaliser au plus vite un pilotage commun des économies des pays de l’euro, ce qu’ils appellent une « gouvernance économique commune ». Ils n’ont pas tort. Ils ont même entièrement raison puisque la zone euro ne peut pas avoir une monnaie unique et dix-sept politiques économiques différentes. Il y a là une salutaire évolution des esprits dont il faut d’autant plus se réjouir que les mêmes dirigeants européens en viennent à prôner, enfin, une Europe à deux vitesses, celle qui voudrait aller plus vite et plus loin dans l’intégration économique et celle qui préférait en rester aux traités actuels.

C’est ainsi que Nicolas Sarkozy déclarait, mardi, à Strasbourg, qu’il « y aura clairement deux vitesses européennes : une vitesse – « fédérale » disait-il – vers d’avantage d’intégration dans la zone euro et une vitesse plus confédérale dans l’Union européenne ». C’est exactement ce qu’expliquait hier Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, en estimant que le changement des traités européens pourrait déboucher sur des « coopérations différenciées ». C’est aussi l’idée de Mme Merkel qui ne laisse plus passer deux jours sans la marteler et celle, aussi, de Joschka Fischer, figure des Verts et ancien ministre allemand des Affaires étrangères qui ne voit « pas comment ces 27 Etats parviendraient à accoucher de réformes d’importance ».

On va vers un noyau dur fédéral mais le problème est que, parti comme c’est, ce fédéralisme à quelques uns ne sera pas politique mais uniquement économique. Ce n’est pas pour rien qu’on ne parle pas de « gouvernement économique » mais de « gouvernance commune » car elle n’aura de fédérale que le nom, totalement usurpé en l’occurrence.

Le fédéralisme, c’est un exécutif et un législatif communs, une démocratie commune et non pas du tout des décisions et règles concoctées entre gouvernements nationaux à l’issue de compromis obscurs et qui s’imposeront aux peuples concernés sans qu’ils aient eu leur mot à dire. Non seulement ce vers quoi on se dirige n’est pas le fédéralisme mais ce n’est plus la démocratie. C’est un on ne sait quoi, inacceptable et dont l’inéluctable rejet menacera l’Europe autrement plus que ses dettes publiques.

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