Rien n’est plus bouleversant que l’espoir renaissant d’un peuple sortant de la nuit. C’est dans ces instants-là qu’on voit qu’au-delà des frontières, des continents, des couleurs, des religions, le genre humain n’est qu’un et partage, évidemment, cette même aspiration à la liberté, à la justice, à la démocratie, aux Droits de l’homme qui sont bel et bien, on le voit là, des valeurs universelles que chacun des êtres humains porte en lui.

C’est ce qui se lisait hier, à Rangoon, sur les visages éclatant de joie de ces dizaines de milliers de Birmans réunis autour des panneaux sur lesquels s’affichaient lentement - trop lentement mais quel bonheur ! - les résultats des élections de dimanche. C’est ce qui s’entendait dans leurs hourras à chaque fois qu’un chiffre - encore un bon chiffre ! Un de plus ! - confirmait l’ampleur de la victoire de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, de la « Lady », de « la Dame » comme les Birmans appellent cette si fragile femme de fer que rien, jamais, n’a fait plier.

Ces instants étaient d’autant plus beaux que c’est à elle que les Birmans doivent leur espoir retrouvé, à cette fille du héros de leur indépendance, le général Aung San, assassiné en 1947 avant même que leur pays ne soit libéré de la Grande-Bretagne. Aung San Suu Kyi n’est pas qu’un Prix Nobel de la paix, récompensé pour sa non-violence. C’est aussi, surtout, avant tout, une héroïne de tragédie grecque qui, envers et contre tout, a voulu être digne de son père, sacrifier sa propre liberté à celle de son peuple, rester en Birmanie au prix d’une séparation de son mari et de ses enfants, y rester de longues années d’assignation à résidence, et donner ainsi un exemple de résistance pacifique qui a fasciné le monde et inspiré les Birmans avant de les conduire à la victoire.

Ces visages d’hier, on les voit à chaque fois qu’une dictature finit par tomber mais une telle rencontre entre le bonheur d’un peuple et une héroïne de cette taille, non, c’est rare. C’est unique. C’était magnifiquement beau, seulement voilà, les ennuis commencent.

Ce n'est pas que les militaires ne respecteront pas les résultats du vote. Ils jurent, au contraire qu'ils les accepteront et, sans doute le feront-ils car, s’ils ont permis cela, c’est qu’ils avaient fini par comprendre - au bout de 53 ans... - qu’ils ne pouvaient plus continuer à étouffer ce pays et le couper du monde mais, outre que les militaires sont toujours là, les problèmes de la Birmanie sont innombrables. Autrefois riche, ce pays est devenu l’un des plus pauvres d’Asie. Il est ethniquement divisé et travaillé par des tentations sécessionnistes. Tout y est à faire et l’unité qui entoure aujourd’hui son héroïne aura du mal à résister à l’épreuve du pouvoir, aux déceptions et aux conflits d’intérêts qui, fatalement, prendront le pas sur le bonheur d’aujourd’hui. Aung San Suu Kyi tient son parti. Son peuple l’aime passionnément mais, si la dictature est dure à affronter, la liberté l’est aussi.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.