Bernard Guetta, en direct de New York.

Il n’y avait pas que les compliments d’usage à sa merveilleuse et malheureuse adversaire, sa merveilleuse famille, ses merveilleux électeurs, son merveilleux vice-président et sa merveilleuse personne.

Dans son discours d’acceptation d’hier, Donald Trump a également parlé politique, sans haine et concrètement. Plus d’expulsion des onze millions de sans-papiers, plus de mur à la frontière mexicaine, plus d’interdiction du territoire américain aux musulmans. Non, provisoirement ou pas, tout cela était oublié et le président élu s’est concentré sur la promesse de grands travaux destinés à moderniser les infrastructures du pays.

C’était du Bernie Sanders, le socialiste qui avait suscité tant d’enthousiasme durant les primaires démocrates. C’était du Hillary Clinton qui, elle aussi, avait inscrit ce projet dans son programme. C’était tourner le dos, surtout, à plus de trois décennies de diabolisation de la dépense publique et répudier Adam Smith pour en revenir à Keynes.

Venant d’un entrepreneur privé, milliardaire et pas vraiment fan de l’Etat et de la redistribution des richesses par l’impôt, c’était plutôt inattendu mais n’était-ce pour autant que des mots ?

On verra, mais peut-être pas, probablement pas car, outre que les infrastructures américaines ont vraiment besoin d’un coup de jeune, Donald Trump aurait tout à gagner à cette politique. Il pourrait ainsi redonner un salaire à des hommes qui ont voté pour lui, qui n’ont pas de vraie formation et sont si totalement sortis des circuits de l’emploi qu’ils ne sont même plus comptabilisés comme chômeurs. Non seulement il tiendrait la parole donnée à des électeurs qui s’en souviendraient dans quatre ans mais il remplirait les carnets de commandes de beaucoup d’entreprises, dont la sienne, et mettrait dans les rouages un argent qui profiterait à tous.

Le problème est qu'il n'a pas les moyens de cette politique.

A priori, il ne les a pas puisqu’il s’est engagé à baisser les impôt dans de très grandes proportions, que le déficit budgétaire américain est déjà considérable et que les élus républicains du Congrès sont extrêmement attachés au retour à l’équilibre et profondément hostiles à l’idée même de dépense publique. Pour lancer une politique de grands travaux, Donald Trump devrait vaincre l’opposition de sa propre majorité et accroître l’endettement des Etats-Unis. Cela n’aurait rien d’évident mais…

Mais plusieurs choses. Donald Trump vient d’être triomphalement élu et de sauver les sièges de beaucoup de Représentants et de sénateurs républicains. Il bénéficie, autrement dit, d’un rapport de forces politique. Il pourrait, de surcroît, convaincre sa majorité en proposant des garanties de prêts au secteur privé plutôt qu’un financement public et il arrive aux commandes, c’est essentiel, à un moment où les grandes institutions financières internationales plaident passionnément pour une relance des dépenses publiques.qu’elles considèrent, à juste titre, comme indispensable. Ce n’est pas joué mais ce président pourrait surprendre.

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