Vous avez toute raison de vous inquiéter de l'agressivité iranienne, est allé dire Emmanuel Macron aux Saoudiens, mais attention, pas d'emballement!

Ne pas le faire eut été une faute. La montée de la tension entre l’Arabie saoudite et l’Iran l’exigeait et Emmanuel Macron a donc ajouté, hier, à sa visite aux Emirats arabes unis un long entretien surprise, à Ryad, avec le prince héritier saoudien auquel il est allé dire deux choses. La première est que la France n’a « aucune naïveté » à l’égard de l’Iran mais qu’il faut, pourtant, éviter « tout jusqu’au-boutisme ». Tout comme vous, lui a-t-il dit, nous nous inquiétons du développement du programme balistique de l’Iran. Tout comme vous, nous considérons que le missile tiré samedi du Yémen et que vous avez intercepté au-dessus de l’aéroport de Ryad était « manifestement iranien ». Tout comme vous, nous nous alarmons de « l’hégémonie iranienne ou des tentations hégémoniques iraniennes » dans la région mais il faut, néanmoins, a-t-il ajouté, se garder de deux choses.

L’une serait d’emboîter le pas à Donald Trump dans sa volonté de rompre le compromis nucléaire passé avec l’Iran car cela n’arrêterait ni le programme balistique de la République islamique ni sa projection dans tout le Proche-Orient. Cela ne ferait que ramener le monde et la région à la situation d’avant ce compromis, celle où la seule alternative était de se résigner à ce que l’Iran se dote de la bombe ou de s’engager dans l’aventure d’un bombardement de ses sites auquel il aurait bien des moyens de riposte. 

L’autre chose dont il faut se garder, a poursuivi Emmanuel Macron, serait d’aller à un conflit direct avec l’Iran en voulant relever le gant par les armes et trop vite, comme le prince héritier semble très tenté de le faire. Il faudrait bien plutôt, estime le président français, « encadrer » - c’était son mot – l’activisme régional de l’Iran et l’amener à ouvrir des négociations sur son programme balistique en le menaçant de nouvelles sanctions économiques s’il s’y refusait.     

Quant au second dossier dont Emmanuel Macron voulait s’entretenir avec Mohamed ben Salmane, c’est le Liban dont le Premier ministre sunnite, Saad Hariri, a démissionné samedi à l’incitation du prince héritier. Une nouvelle crise s’est ainsi ouverte à Beyrouth. Pour les Saoudiens, il s’agit d’aller défier les Iraniens au Liban en tentant d’isoler leurs protégés du Hezbollah dont les meilleures troupes sont aujourd’hui engagées en Syrie. 

On voit bien le raisonnement des Saoudiens mais, pour la France, il n’est pas possible de laisser le Liban s’enfoncer dans une nouvelle guerre civile au nom des rapports de force régionaux. C’est donc une approche globale de la question iranienne qu’Emanuel Macron est allé proposer à Ryad et il l’a fait avec la conviction que le moment Trump donnait plus que jamais à la France un rôle « pour construire la paix ». 

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