C’est le dossier international prioritaire du Président-élu, qui est d’accord avec Trump pour une ligne plus dure vis-à-vis de Pékin, mais veut tenter une autre approche. Quelle chance de succès ?

Joe Biden connait bien la Chine et son Président, Xi Jinping, avec lequel il a établi des relations directes lorsqu’ils étaient tous deux vice-Présidents, puis, comme ici à Pékin en 2013, lorsque Xi est devenu numéro un chinois. La relation risque d’
Joe Biden connait bien la Chine et son Président, Xi Jinping, avec lequel il a établi des relations directes lorsqu’ils étaient tous deux vice-Présidents, puis, comme ici à Pékin en 2013, lorsque Xi est devenu numéro un chinois. La relation risque d’ © AFP / LINTAO ZHANG / POOL / AFP

C’est désormais l’enjeu numéro un pour tout nouveau président des États-Unis : définir sa « politique chinoise », car la relation sino-américaine est en train de structurer les rapports internationaux au XXI° siècle.

Pékin n’a toujours pas officiellement réagi à la victoire de Joe Biden, certainement pas pour ménager la susceptibilité de Donald Trump ; mais parce que les relations entre les deux géants sont devenues tellement conflictuelles qu’il vaut mieux prendre son temps.

Joe Biden a un avantage sur Donald Trump, il connait la Chine depuis longtemps, son premier séjour remonte à 1979, comme jeune sénateur alors que les deux pays venaient d’établir des relations diplomatiques. Plus tard, comme vice-président, Barack Obama lui avait demandé de tester et de développer des relations avec Xi Jinping, discret numéro deux qui s’apprêtait à devenir numéro un chinois en 2012.

Biden a déclaré publiquement que c’était à ses yeux la relation la plus importante des États-Unis ; ce qui ne signifie pas qu’il sera plus « soft » sur la Chine comme l’en a accusé Donald Trump.

Dans un texte remarqué à la revue « Foreign Affairs », en mars dernier, Joe Biden reconnaît qu’il faut « durcir le ton » vis-à-vis de la Chine, sans doute la seule concession faite à une initiative de Donald Trump.

Il en conteste toutefois la méthode, et en particulier l’absence de concertation avec les alliés des États-Unis, en Europe ou en Asie. Il est plus que probable que toutes les discussions avec la nouvelle administration comprendront un volet chinois. 

Mais la question que se posent les dirigeants chinois est de savoir quel est l’objectif de Joe Biden. Donald Trump donnait l’impression de faire de sa « guerre froide » avec la Chine, une fin en soi, une diplomatie à la fois transactionnelle pour vendre plus de soja américain, mais aussi punitive. L’efficacité de la méthode était discutable, et le covid-19 est venu brouiller les cartes.

Joe Biden a haussé le ton sur les droits de l’homme, mais jusqu’où est-il prêt à aller ? Il promet de relever le défi politique, technologique et militaire de Pékin…  Mais en Chine, certains veulent croire que ça laisse une marge de coopération possible.

Biden peut-il renouer un dialogue avec la Chine ? Ca sera initialement compliqué, car la liste des contentieux est vraiment longue. Et la priorité du nouvel élu sera d’abord de remettre les États-Unis en bon ordre de marche. 

Mais Joe Biden est un pragmatique, il est vraisemblable que s’il est suivi par ses alliés, et peut toujours s’appuyer sur un consensus bipartisan qui existe aujourd’hui à Washington sur la politique chinoise, il tentera une ouverture. 

La balle sera alors dans le camp de Pékin, car les dirigeant chinois n’ont toujours pas compris que pour empêcher la détérioration continue de leurs relations avec l’Occident, il leur faudra accepter des règles du jeu différentes, économiques mais aussi politiques.

A Pékin, Xi Jinping met désormais l’accent sur l’autosuffisance technologique de la Chine, convaincu que l’amélioration n’est pas pour demain, et aussi, que l’Amérique est en décadence. 

Le risque, aujourd’hui, est donc que le changement de garde à Washington soit une occasion manquée d’éviter une rivalité systémique aux conséquences redoutables.

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