Le prédécesseur n’avait fait que trois petits tours avant de s’en aller au bout d’un été. Ahmad Qoreï, Premier ministre désigné a, lui, démissionné hier avant même d’avoir pris des fonctions qu’il n’aurait été que le deuxième homme à tenter d’exercer. Peut-être reviendra-t-il sur sa décision. Le Parlement palestinien et l’Union européenne, la France notamment, l’y poussent mais, quand bien même serait-ce le cas, il est désormais clair que Yasser Arafat ne veut pas d’un Chef de gouvernement, quel qu’il soit. L’un après l’autre, il s’ingénie à leur faire jeter l’éponge, à rogner leurs pouvoirs et les humilier, car il n’ignore pas que si l’Europe, la Russie, les Etats-Unis et l’Onu ont tout fait, avec l’approbation publique d’Israël, pour lui imposer la création de ce poste de Premier ministre, c’est tout simplement pour l’écarter, avec les honneurs. A Yasser Arafat, la Présidence, celle d’un Etat virtuel, les honneurs dus au vieux combattant et la représentation extérieure de la Palestine. Au chef du Gouvernement et au Parlement dont il tirerait sa légitimité, le vrai pouvoir, avant tout sur les forces armées et l’économie. Yasser Arafat fait donc de la résistance. C’est d’autant plus humain qu’il en a toujours les moyens mais il n’en faudrait pas moins à la Palestine un Premier ministre, un vrai qui, oui, marginalise un homme qui a fait son temps. Il le faut, d’abord, car à 74 ans, Yasser Arafat est non seulement usé par une vie de luttes mais aussi malade, affligé d’un mystérieux tremblement des lèvres et des mains et souffrant aujourd’hui d’on ne sait quelle nouvelle maladie, faiblesse cardiaque, cancer ou comme on dit « mauvaise grippe ». Yasser Arafat n’est plus en état physique de conduire son peuple mais ce n’est pas tout. Le chef de guerre, deuxième problème, ne sait pas se muer en homme d’Etat, capable de conduire la Palestine à la paix après l’avoir fait exister et fédérée. Il a signé les Accords d’Oslo, troqué le refus du fait israélien pour le dialogue et les négociations mais jamais il n’a su transformer l’essai, restant dans une telle ambiguïté que même la gauche israélienne considère aujourd’hui qu’il n’a jamais cessé de mener double jeu, encourageant ou tolérant en arabe ce qu’il condamnait en anglais. On est là dans une zone grise. C’est affaire d’appréciation mais le fait est que, lorsqu’on doit faire la paix, la première condition est de susciter la confiance, pas de la casser. Yasser Arafat n’y est pas parvenu, c’est le moins qu’on puisse dire, et l’intérêt d’un règlement israélo-palestinien demanderait un autre homme, une personnalité que la droite israélienne ne puisse pas trouver tant de raisons de récuser. Et puis enfin, pour élu qu’il ait été, Yasser Arafat gouverne comme un satrape, sans aucun contrôle, dressant les uns contre les autres et prenant seul ses décisions dans la plus totale opacité. Ce style ne correspond en rien au degré d’évolution de la société palestinienne. Pour poursuivre son combat, le gagner et se gouverner un jour, la Palestine a besoin d’un Etat de droit et non pas d’un guérillero vieillissant.

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