On ne peut exclure, à ce stade, qu’il ne s’agisse que d’un bluff. Rien ne prouve déjà que l’explosion que la Corée du Nord a présentée, hier matin, comme nucléaire l’ait réellement été. Washington en tête, la plupart des grandes capitales disent travailler à le vérifier et, même si cela s’avérait – ce qui est encore moins exclu – il y a un grand pas à faire entre la réalisation d’une explosion nucléaire et l’armement de missiles ou, même, de bombardiers. Bluff ou pas, le régime nord-coréen n’est pas à même, au jour d’aujourd’hui, de déclancher une guerre atomique mais alors pourquoi tant d’émotions et d’inquiétudes dans le monde ? Il y a beaucoup de raisons à cela et, malheureusement, toutes fondées. La première est qu’il s’agit là, en tout état de cause, d’une provocation, d’un défi lancé au monde et qu’il vient cruellement souligner qu’il n’y a plus de gendarme sur la scène internationale. Toutes les grandes puissances avaient mis en garde Pyongyang contre ce test. La Chine et les Etats-Unis, l’Europe et la Russie, l’avaient fait. Toutes les capitales ou presque se sont alarmées de cette annonce. Pas une ne l’a approuvée mais la Corée du Nord pouvait s’en moquer, c’est un fait, car ce ne sont pas des sanctions qui l’intimideront ; que la Maison-Blanche est bien trop embourbée en Irak pour pouvoir envisager des représailles militaires ; que l’Europe peine à panser ses blessures internes ; que la Russie est occupée à tenter de récupérer son ancienne aire d’influence et que la Chine, pas plus que la Corée du Sud et que le reste de l’Asie, ne peut pas souhaiter précipiter un écroulement du régime nord-coréen car il faudrait alors gérer un afflux, un exode, de réfugiés, trouver les moyens de reconstruire ce pays et faire face, à terme, à une réunification de la Corée qui changerait beaucoup de choses dans la région. Uni dans la colère et l’indignation, le monde est, en fait, largement impuissant face à ce pays à côté duquel l’Irak de Saddam Hussein était la Confédération helvétique mais ce n’est pas tout. Avérée ou pas, cette annonce risque de précipiter une nouvelle course aux armements en Asie, d’inciter le Japon et la Corée du Sud à se doter de la bombe, et ce continent où l’équilibre des puissances est loin d’être trouvé menace, ainsi, de devenir une poudrière nucléaire. Et puis, enfin, il y a l’Iran. Avant même cette annonce nord-coréenne, l’Iran craignait déjà peu les menaces de sanctions brandies contre ses ambitions nucléaires. Il a moins encore de raisons de s’en inquiéter aujourd’hui car il voit le Conseil de sécurité se mobiliser sur un terrain plus chaud encore et qu’il devient plus difficile que jamais d’imaginer des frappes militaires contre la République islamique alors qu’elle nie vouloir la bombe tandis que la Corée du Nord se targue de l’avoir. Conséquence de l’anarchie internationale, l’annonce nord-coréenne va sérieusement l’amplifier.

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