Aux Etats-Unis, la crise financière re-légitime la gauche. Barack Obama n’a pas, déjà, remporté la présidentielle du 4 novembre. Le facteur racial, grande inconnue de ce scrutin, pourrait encore le priver de voix décisives à l’heure du vote mais, plus dure cette crise, plus elle s’approfondit et atteint l’économie réelle, plus le candidat démocrate grimpe dans les sondages, jusqu’à y devancer, hier, son adversaire républicain de onze points à l’échelle nationale. En Europe, rien de semblable. Alors que la faillite de la déréglementation devrait porter la gauche, alors que tous les dogmes libéraux sont mis à mal et que les banques sont, de fait, nationalisées en Grande-Bretagne, dans le pays de Margaret Thatcher et de Tony Blair, on ne la voit pas s’imposer sur le devant de la scène. On l’entend même si peu qu’elle paraît incapable de se saisir de cette leçon de choses pour proclamer, face aux droites : « Je vous l’avais bien dit ». En l’affaire, le premier problème des gauches européennes et que, contrairement aux Démocrates américains, elles n’ont pas toutes été éloignées du pouvoir depuis huit ans. La gauche italienne y était encore il y a peu. Les socialistes espagnols y ont été reconduits et doivent gérer une situation difficile à laquelle ils ne peuvent pas se dire étrangers. Les sociaux-démocrates allemands gouvernent avec les chrétiens-démocrates après avoir tenu la barre, avec les Verts, sous la précédente législature. Il n’y a pas de coupure des séquences politiques aussi franche qu’aux Etats-Unis et le deuxième problème des gauches européennes est qu’en Europe, les droites sont loin d’être aussi libérales que ne le sont les Républicains. Le plus libéral des partis politiques européens est même le parti travailliste britannique tandis que beaucoup des grands partis conservateurs restent marqués par leurs racines chrétiennes, la doctrine sociale de l’Eglise et cette « économie sociale marché », le modèle européen de concertation auquel ils s’étaient ralliés après guerre. Non seulement les vrais libéraux, à l’américaine, sont très minoritaires, voire marginaux, dans l’Union mais plusieurs des gauches européennes – c’est leur troisième problème du moment – souffrent aujourd’hui d’un décalage historique. Parce qu’elles avaient mis trop longtemps à admettre que l’économie de marché était le pire des systèmes à l’exception de tous les autres, elles ont du si vite rompre avec leurs propres dogmes qu’elles en étaient encore, lorsque la crise a éclaté, à protester de leur répudiation de l’étatisme. C’est particulièrement vrai de la gauche française mais pas seulement d’elle et le fait est que la gauche européenne est ainsi privée, par l’histoire longue comme par l’histoire courte, de vraies voix, capables de porter parmi les 27 et d’incarner la grande force, régulatrice et sociale que, normalement, la débandade libérale devrait mettre aux commandes de l’Union. En Europe, tout est à faire pour la gauche. Si elle ne sait pas s’unir, avant le printemps, autour d’un programme et d’un chef de file paneuropéens pour remporter les prochaines élections européennes, si elle ne sait pas relever ce défi, elle risque de beaucoup y perdre.

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